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Festen ou le dîner de Noël en famille qui tourne mal

 Festen ou le dîner de Noël en famille qui tourne mal

Erasme disait « Un repas est insipide s’il n’est assaisonné d’un brin de folie ». Entre effluves de dinde et ambiance plombée, le diner qui dérape laisse un goût dont on se souvient longtemps.

Ah l’esprit de Noël ! Cette fameuse magie qui embaume les coeurs autant que les salons (on l’oublie trop souvent mais l’odeur du sapin est plus tenace qu’on ne le croit).  Si souvent cette réunion annuelle est l’occasion de retrouvailles familialo-amicales réussies, elles peuvent parfois sérieusement déraper. Sans tomber dans les méandres dramatiques de Festen, le film danois choc sorti en 1998, j’aimerais dresser ici un portrait moins amène.

La scène se passe quelque-part où une famille, comme des millions d’autres, a décidé de se retrouver pour célébrer ensemble le réveillon du 24 décembre. Au menu : huîtres de cancale –  sélectionnées comme tous les ans par l’oncle qui se colle à l’ouverture de la bourriche – fois gras, mais dont les canards ont étés élevés “au grand air” (sa femme est très “bio”), puis la traditionnelle dinde farcie aux cèpes et aux marrons. Dans le salon, le sapin, de grande taille trône au milieu d’une ribambelle de cadeaux en tous genres. On y reconnaît un petit vélo mal emballé pour le petit-fils de la famille. Dès le démarrage, l’ambiance se crispe. La belle-soeur de la maîtresse de la maison (la soeur de son mari), qui comme tous les ans, raconte dès le mois de novembre qu’elle déteste Noël, n’a annoncé sa venue que la veille. Mais cette année, c’est pour une autre muflerie qu’elle s’attire d’emblée les foudres de sa belle-doche adorée. Elle avait bien précisé : “on est ravi que tu viennes, mais sans ton chien cette fois-ci”. L’année passée, le jeune chiot, encore tout fou, avait trouvé bon de grignoter une partie non négligeable de la dinde. Quand elle ouvre la porte et voit le chien, son sang ne fait qu’un tour, l’hôte sait qu’elle va passer une mauvaise soirée. La belle-soeur feint de s’excuser “j’allais quand même pas laisser Youki tout seul un soir de Noël”. Bah non, c’est sûr, dit comme ça… Pendant ce temps, l’oncle expert en ouverture d’huîtres s’attèle à sa tâche ô combien difficile. Passé la 3ème bourriche, et se croyant totalement maître de la situation, son doigt dérape et hop… c’est l’égratignure. Le petit coup de couteau qui peut être fatal, ou du moins qui plombe sérieusement l’ambiance. Le dîner vient à peine de commencer et on a un chien tenu strictement en laisse par sa maîtresse toute aussi énervée que lui, et un homme qui pisse le sang dans la salle de bain. Heureusement que la maîtresse de maison, infirmière de formation a le bon nécessaire d’infirmerie.

Toujours en retard, arrivent l’oncle grincheux, et son fils, le revendicateur invétéré. Ils se détestent, et pourtant ils sont liés dans leur capacité à ruiner les chances de passer une soirée harmonieuse. Le père fait toujours peur aux enfants. Plus jeune, il jouait les père-noël de fortune pour épater la fournée de cousins, mais au lieu d’être un moment joyeux, cette séquence était vécue comme un véritable traumatisme par tous les enfants. Plus vieux, le père fouettard n’a rien perdu de sa verve “tiens elle est venue avec son chien, celle-là encore” (il parle de sa soeur). Ou encore “oh non quel con, se blesser en ouvrant des huîtres, faut être vraiment naze quand-même” (son frère) et enfant “les gosses sont pas au lit?”. C’est sur cette phrase que la maîtresse de maison surgit de sa cuisine en accueillant son invité par un “ah non tu vas pas commencer hein. Tu sais que j’aime Noël, et pour moi Noël c’est une fête de famille, avec toute la famille, y compris les enfants”. La messe est dite. Son fils (de l’oncle grincheux) a déjà entamé son traditionnel discours anti-capitaliste, anti-esprit de Noël, anti-dinde aux marrons. Bref Anti-tout. C’est amusant de voir à quel point tous les ans, son discours s’est étoffé d’une nouvelle corde anti quelque chose. Mais c’est amusant aussi de voir comment tous les ans, il ne rechigne pas, ou pire s’enfile goulûment, et sans se cacher des verres du bon vin rouge (un saint-estèphe) qu’apporte tous les ans la vieille grande tante. Tiens, on allait l’oublier. En digne héritière de tatie danielle, elle souffle le chaud et le froid sur à peu près tout. La viande “trop sèche”. Le foie gras “aucun goût”. Le champagne “c’était vraiment du champagne, on aurait dit du mousseux”. Mais bon, elle a le mérite d’aimer les bons produits, et de se lâcher tous les ans en apportant du bon vin et des très bons chocolats.

La jeunesse s’impatiente sur son smartphone et tente d’échapper aux querelles des adultes en essayant sur snap’ (snapchat of course) les nouveaux filtres “trop drôles”. L’une d’elle, qui avait trouvé son cadeau (le fameux cadeau à 15€) un peu trop ringard le met illico sur LeBoncoin.fr pour le revendre. Grillée par sa mère, elle se prend une avoinée de Noël…”t’as pas honte de vendre ton cadeau?” “Bah non c’était trop naze : un kit pour faire de la faisselle et du fromage maison”…. Elle a pas tord. C’est naze.

Allez ! Joyeux Noël !