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Interview 10 minutes Avec… Peggy Leboeuf (Galerie Perrotin)

 PORTRAIT PEGGY LEBOEUF GEP- GALERIE EMMANUEL PERROTIN, photo: Eva Sakellarides

C’est l’histoire d’une fille qui avait l’art dans la peau. Elle est devenue une femme qui en a fait sa vie. Collaboratrice d’Emmanuel Perrotin depuis 20 ans, Peggy dirige l’antenne New-Yorkaise de la Galerie. Portrait. 

Comme souvent les destins s’écrivent à force d’évidence. Celui de Peggy se forge dans sa jeunesse. Plutôt timide, elle est attirée par le monde de l’art, à la fois les artistes et ceux qui en parlent. C’est au lycée qu’elle décide de faire des études d’art plastique. Elle se retrouve alors dans un cadre réconfortant avec des gens qu’elle apprécie, des artistes en tout genre, des photographes, des plasticiens. A sa sortie elle passe deux ans comme assistante photographe, ou elle se forme à la technique de la photo : le portrait, la photo de mode, la photo d’architecture… Elle enchaîne illico avec un stage dans une jeune galerie qui deviendra grande : la galerie Emmanuel Perrotin. A l’époque, il ne règne pas encore en maître rue de Turenne, mais c’est dans le cadre intime d’un appartement de la rue Beaubourg qu’il vit et reçoit artistes et clients. Ils ne sont que deux à y travailler. Un jour, l’opportunité s’offre d’occuper des espaces libres rue Louise Weiss dans le 13ème arrondissement. Avec quatre autres galeries, Perrotin tente l’aventure et part s’installer dans ce “jeune pôle de l’art contemporain parisien”. L’idée est simple raconte Perrotin “Notre premier objectif, en nous installant dans la rue Louise Weiss, était de placer l’argent dans la production et non dans la location d’un espace coûteux dans un quartier touristique”. L’époque Louise Weiss, c’est le temps des premières fois : la première exposition Murakami, la première exposition de Maurizio Cattelan, la première exposition de Jean-Michel Othoniel, tous ces artistes phares de la galerie. Peggy travaille un peu avec tous les artistes de la galerie, mais se constitue un pool d’artistes français qu’elle va continuer suivre par la suite, comme Othoniel, Tatiana Trouvé, et bien sûr Sophie Calle qu’elle apprécie particulièrement. 

 Jean-Michel Othoniel, view of the Secret Flower Sculptures © 2015 Othoniel : ARS, New York : ADAGP, Paris. Courtesy Galerie Perrotin
 Jean -Michel Othoniel, view of the Secret Flower Sculptures © 2015 Othoniel : ARS, New York : ADAGP, Paris. Courtesy Galerie Perrotin

Mais… the World is not enough comme dirait l’autre. Pour Perrotin, ce sont surtout les murs de la galerie Louise Weiss qui ne suffisent plus. En 2005, la galerie déménage dans un nouvel espace “explosif” raconte Peggy: le 76 Rue de Turenne. En plein coeur du Marais historique, l’espace immense – un hotel particulier du 18ème – offre à la fois des volumes impressionnants pour exposer des oeuvres monumentales et est un lieux fabuleux pour faire venir le public et les collectionneurs. Avec l’espace rue de Turenne s’ouvre une nouvelle ère pour la galerie et ceux qui y travaillent : c’est l’ère des grands moments. Peggy en cite quelques-uns, même si elle a peur d’en oublier l’essentiel :  “le concert de Massive Attack dans la cour de la Galerie, un moment génial, qui nous a permis de sortir de notre rôle de galeriste en proposant une expérience nouvelle”, “Pharell Williams et Murakami à Versailles, quand je me suis retrouvée sur la scène à danser avec Pharell, c’était juste dingue” ou encore “une exposition qui a beaucoup marqué les gens, celle de Paola Pivi qui avait fait venir 20 animaux blancs en liberté dans la galerie, un lama, un perroquet, un cheval…. Un très beau moment”.

 Takashi Murakami © 2016 Takashi Murakami:Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved.

Après Paris, Peggy, accompagne Perrotin dans ses ambitions d’expansion internationale. Pendant 6 ans, la galerie ouvre une antenne à Miami, que la foire Art Basel Miami a transformé en haut lieu de la hype artistique. Ce sera les prémices de l’aventure new-yorkaise qui va suivre. A New-York justement, alors que Peggy et Emmanuel y sont en voyage pour le boulot, ils ont prévus de visiter le nouvel espace d’un ami galeriste. Ils se trompent d’endroit et tombent sur un espace vide : Peggy lui lance alors, “tiens voilà ton nouvel espace à New-York”. L’idée s’ancre dans sa tête, et Perrotin se lance dans le projet d’ouvrir une antenne dans la ville qui ne dort jamais. Il demande à Peggy d’en prendre la direction : après 10 jours d’hésitation, elle se dit banco ! I want to be a part of it, New-York, New-York. Ils trouvent un endroit (pas celui vide qu’ils avaient visités par erreur) et c’est parti. Après 4 ans sur place, Peggy en tire un beau bilan : tout va vite, c’est trépidant, et New York lui offre une grande liberté. Elle y a organisé des expositions avec des artistes avec qui la galerie n’avait pas encore travaillé comme Pierre Soulages par exemple, le grand maître français qui a fait du noir sa couleur de prédilection. Et parce qu’un train peut en cacher un autre, et que la vie sans mouvement ne serait pas amusante, la galerie va déménager de son building dans l’Upper East Side pour un nouvel espace immense dans le Lower East Side.  Changement de décor,  changement d’ambiance et nouveau challenge pour Peggy “ça fait 20 ans que je travaille avec Emmanuel, je suis habitué au mouvement et au changement permanent. C’est super stimulant”. Largement de quoi tenir pour les 20 prochaines années….

 130 Orchard Street, New York, NY 10002
 909 Madison Avenue, New York, NY 10021

On dirait ! Alors Peggy qu’est-ce que tu nous racontes ?  

Ton style en 3 mots ? 

Bouclée, plutôt jean, parisienne virant sur le new-yorkais

Tes sources d’inspiration en ce moment / Les artistes qui t’inspirent ? 

Le mexique. J’ai fait une grande exposition à Paris d’artistes mexicains, ça m’a pris deux ans de travail pour y arriver. En ce moment je suis très sensible à toute la galaxie des artistes qui utilisent les nouveaux médias comme Dora Budor par exemple.

Le courant (artistique) que tu aurais aimé lancer ?

J’ai découvert via la galerie un courant artistique Coréen qui s’appelle Dansaekhwa que j’aime beaucoup, c’est “l’art mystérieux du monochrome”.  On a organisé deux expos avec deux des cinq artistes qui composent ce mouvement : Par Seo Bo et Chung chang-sup. 

(L’artiste Lee Ufan, exposé à Paris chez Kamel Mennour fait aussi partie de ce courant, ndlr)

Le courant (artistique) que tu aurais aimé empêcher ?

Je sèche…

Ton objet fétiche ?

Ma montre. Je m’étais promise d’avoir une belle montre. Je me la suis offerte pour un anniversaire. Sûrement en lien avec le temps qui passe

Ton ou tes artistes préférés ?

Il y en a plein. J’adore Peter Doig, qui fait une très belle peinture, l’eau, les canoës. J’aime beaucoup Robert gober (sculpteur, plasticien américain). Evidemment, Sophie calle .. j’aime l’oeuvre et j’aime l’artiste. J’aime beaucoup Bernard Frize.

 Sophie Calle,
 Sophie Calle,
 Bernard Frize, 2015, Courtesy Galerie Perrotin

Tes adresses fétiches (art, mode, lifestyle) ? 

Je suis nulle pour ce genre de question ! J’ai une copine Sophie qui fait des petits gâteaux trop bon à Brooklyn j’adore aller la bas. J’’adore aller au Carlyle prendre un verre. Et plein d’autres endroits 

Ton havre de paix ? 

La bretagne…. Sans hésiter. J’y passais mes étés là-bas, j’y encore tous mes amis d’enfance.  

Ton truc en plus ? 

La Bretagne. Et aussi une forme de joie de vivre… 

Et enfin, ton conseil pour la suite ?

L’intégrité et la confiance ! deux qualités essentielles dans notre métier et dans la vie … et avec une pointe de douceur !

Merci Peggy.