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Kamasuquoi ?

 Sculpture Kamasutra

On a tous un/e ami/e dont la vie sexuelle semble, à ses dires, outrageusement folle par rapport à la nôtre. A peine arrivé(e) au restaurant, la/le voici qui nous déballe, comme un festin orgiaque, ses frasques amoureuses. Quand ce n’est pas qu’il/elle s’est envoyé/e en l’air en l’air, entendez dans l’avion en rentrant de vacances, c’est qu’il/elle a couché avec telle personnalité, et ne s’est bien entendu pas contenté des classiques positions du missionnaire ou de la levrette. Evidemment, pour elle/lui, le Kama-sutra n’a plus aucun secret. Vraiment ?

A mes yeux, le Kama-sutra tel qu’on nous le vend en Occident est un peu comme les modes d’emploi d’appareils ménagers ; énormes, probablement très instructifs, mais peu utiles. Un four, on sait comment ça marche. Evidemment, si je veux activer la fonction rôtisserie j’irai peut-être regarder, du moins je saurai que le mode d’emploi est là, mais a priori je devrais pouvoir m’en sortir toute seule. Idem pour le corps. De fait, quand chaque année, les magazines nous proposent les 100 positions folles du Kama-sutra, on lit avec curiosité mais rares sont celles/ceux qui, livre à la main et doigt levé, se placent à califourchon sur leur partenaire pour se lancer dans un numéro du Cirque du soleil. Ou un cours magistral façon Sorbonne.

Le problème n’est pas tant qu’on nous indique comment faire que de penser qu’on ne saurait pas s’y prendre. Et surtout qu’on devrait étudier ce qui semble être la chose la plus naturelle du monde. Après tout, y a-t-il moment plus spontané que l’acte sexuel, cet instant où on lâche tout pour laisser parler nos corps et où, justement, on ne répond plus que d’une loi, celle du plaisir, pas de la raison. Aller se lancer dans les résolutions d’un problème géométrique (ou comment le triangle rectangle rentre dans le rond selon la longueur de l’hypoténuse) très peu pour moi. L’autre raison, c’est qu’outre l’instinct et son plaisir, on suit aussi son partenaire. Et que le vrai bonheur tient à la capacité qu’on a mutuellement de se faire du bien, de deviner, non l’enchainement de la chorégraphie, mais ce que l’autre attend, de connaître son corps autant que celui de l’autre.

Rien n’interdit pourtant d’aller y jeter un œil, et même de s’en inspirer pour changer un peu. Mais de là à considérer l’acte amoureux comme un acte de performance où le meilleur élève serait celui qui aurait le mieux appris sa leçon, et le lit un tapis de GRS attendant de nos corps qu’ils suivent un parcours balisé, c’est, je crois, se tromper sur la chose. On rappellera aussi que le Kâmasûtra a été écrit par l’indien Vâtsyâyana, en Inde et en sanscrit entre le IVe siècle et le VIIe siècle, et qu’il n’avait rien d’un bréviaire érotique. Il indiquait la norme en matière de conduite amoureuse et constituait un guide des bonnes conduites sociales. En d’autres termes, que moins qu’un manuel à l’usage des puceaux, il s’agit d’un texte spirituel dont les prescriptions prennent sens si l’on connaît un peu l’Inde, sa culture et ses principes. Pas sûr que notre ami/e voltigeur/se sache ça. Espérons au moins qu’il/elle sache faire fonctionner le four sans mode d’emploi. Et son corps aussi.

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