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L’abstinence est-elle anti-tendance ?

Ne pas faire l’amour quand on est célibataire ; logique ou anormal ?

Il y a six ans déjà, Sophie Fontanel, l’ancienne grande plume du ELLE et star d’instagram, publiait L’envie, un livre autobiographique dans lequel elle racontait et défendait son choix de l’abstinence. Brisant l’un des grands tabous modernes, elle expliquait pourquoi elle avait choisi d’assumer son célibat jusqu’au bout en cessant d’avoir honte de son pendant sensuel : l’absence de relation sexuelle. Par là, elle dénonçait aussi la pression que certains et certaines célibataires peuvent sentir peser sur leurs épaules lorsqu’on leur pose la sempiternelle question « Et toi, ça fait combien de temps ? ».

On a toutes déjà entendu, posé ou répondu à pareille interrogation existentielle, et sexuelle, qui, en version sous-titrée donnerait : ça fait combien de temps que tu n’as pas couché ? Oui, la question est connue et, fait notable, autant posée entre hommes qu’entre femmes. Mais elle l’est tout autant lorsqu’on est en couple que lorsqu’on est célib alors que la situation même de célibataire semble impliquer, logiquement, l’absence de relations sexuelles. Certes, en couple, la fréquence (et la nature) de nos rapports est un indice assez fiable de l’état de notre relation. Mais pour les célibataires, la question va moins de soi puisque, par définition, si l’on est seul(e), on ne couche pas.

 L’abstinence est-elle anti-tendance ?

Pour autant, nous dit-on, le célibat ne devrait pas nous empêcher de nous amuser et de coucher, au contraire, il devrait même nous pousser à profiter de notre liberté pour multiplier les expériences. L’apparition d’applications dédiées aux rencontres type Tinder ou Happn a même facilité la chose et les célibataires actuels devraient moins s’inquiéter de ne pas avoir trouvé leur moitié que de ne pas, en attendant, coucher. Si l’on ne peut pas décemment reprocher à quelqu’un de ne pas encore avoir trouvé chaussure à son pied, il semble ainsi, à l’inverse, qu’on puisse le/la juger si, en plus, il/elle n’a pas de relations sexuelles. Sexfriends, coup d’un soir, ex réchauffé, les occasions ne manquent pas et il suffit souvent d’un peu d’alcool et d’un bar rempli pour assouvir son envie et pouvoir passer une nuit torride sans rien attendre le lendemain. Mais pourquoi faudrait-il absolument le faire ? Pourquoi respecte-t-on le choix que certains peuvent faire de ne pas enchainer les relations amoureuses dénuées de sentiments et d’attendre le bon pour aimer là où l’on dénigre si facilement aujourd’hui les célibataires abstinents ?

Ceux pour qui amour et sexe ne sont pas séparables, pour qui l’envie ne vient pas sans connaitre vraiment autrui et pour qui la jouissance n’a rien de mécanique ou simplement physique. Dans une société hypersexualisée et soi-disant décomplexée tout nous pousse à consommer le sexe comme on se sert du reste et les célibataires ne doivent plus seulement souffrir de la pression sociale qu’implique la norme du mariage mais aussi de la honte que peut accompagner la réponse à la question posée plus haut : « longtemps ». Dans les séries, les films, les romans et la vie, le célibat est aussi souvent dépeint comme le moment de la vie où l’on peut s’en donner à cœur joie et baiser à tout va sans se soucier de nos émotions. Les quatre fantastiques de Sex and the city n’existeraient d’ailleurs pas, ou auraient bien peu à se dire, si les épisodes de leurs vies n’étaient pas ponctués d’aventures sexuelles et de cul sans lendemain. On parle moins en revanche de la majorité silencieuse des femmes (et des hommes dans une moindre mesure) qui préfèrent également attendre d’entrer dans une vraie relation pour coucher et qui, parce que l’abstinence est devenue si peu tendance, peuvent culpabiliser de faire pareil choix. Rien de plus normal pourtant, rien de plus louable non plus. Et qu’on se rassure, ces célibataires n’en sont pas moins heureux, pas moins épanouis bien que plus silencieux.

Alors en ce début d’année, lançons donc une tendance : la tendance abstinence pour celles et ceux à qui elle sied le mieux.

 L’abstinence est-elle anti-tendance ?