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Le Prix Goncourt

 Les quatre finalistes du prix Goncourt 2016: (en haut, à g.) Régis Jauffret («Cannibales», Seuil); (en haut, à dr.) Leïla Slimani (« Chanson douce », Gallimard); Catherine Cusset («L'Autre qu'on aimait», Gallimard); Gaël Faye («Petit pays», Grasset).

A quelques heures de la proclamation, retour sur plus de 100 ans d’histoire du prix le plus convoité de France. 

Après le Femina, l’Académie française et le Médicis hier, le sacro-saint prix littéraire, le Goncourt, sera remis aujourd’hui à 13h00, en même temps que le non moins fameux Renaudot. Et comme chaque année, le restaurant Drouant se prépare à voir débarquer devant ses portes une nuée de journalistes, de perches et de micros tous tendus vers le/la lauréate 2016. L’occasion de revenir sur plus de 100 ans d’histoire.

Les frères Goncourt

 Les frères Goncourt : Jules et Edmond de Goncourt

Jules et Edmond de Goncourt auraient pu être des personnages de romans. Profondément liés, ces deux amoureux de la littérature et auteurs passionnés ont fréquenté toutes les hautes figures du milieu des lettrés au XIXème siècle et dédié leur vie à cet art. Ensemble et à quatre mains, ils signeront plusieurs livres, d’histoire d’abord avant d’en venir, au roman réaliste dont le plus connu reste aujourd’hui Germinie Lacerteux. Mais on a surtout retenu de leurs écrits leur fameux Journal dont les premières pages furent rédigées au lendemain du coup d’Etat du 2 décembre 1851 et dans lequel ils dressèrent les portraits parfois assassins de leurs contemporains et pairs du milieu culturel parisien. Balzac, Mallarmé, Renan, Théophile Gaultier et d’autres s’y retrouvèrent ainsi, pas toujours à leur avantage. Pour autant, comme toujours avec les Goncourt, c’est bien plus tard que leurs œuvres feront parler d’eux et ce n’est qu’après leur mort que la gloire fera briller leur nom. En effet, ce n’est qu’après la mort prématurée de Jules que son frère Edmond décide de publier leur Journal, et ce n’est qu’à sa propre mort, à l’ouverture de son testament, que la société des Goncourt est fondée. Alphonse Daudet, l’ami de toujours d’Edmond, est alors désigné comme son  exécuteur testamentaire. Et sa responsabilisé est grande comme l’indique le testament d’Edmond : « à la charge pour lui de constituer dans l’année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de notre vie d’hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne, et qui a pour objet la création d’un prix de 5000 F destiné à un ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année, d’une rente annuelle de 6000 francs au profit de chacun des membres de la société.»

L’Académie

 Les dix Membres de l'Académie Goncourt

L’Académie Goncourt -dont la vraie dénomination est «Société littéraire des Goncourt»- se réunira pour la première fois le 7 avril 1900. On retrouve parmi ses fondateurs, les hommes qui jadis fréquentaient le Grenier des Goncourt, le denier étage du petit hôtel particulier d’Auteuil que les frères investirent en 1868 et dans lequel Edmond installa « à la sollicitation de [s]es amis de la littérature, une «parlote» littéraire le dimanche ». Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau, Rosny aîné et Rosny jeune, Léon Hennique, Paul Margueritte, Gustave Geffroy, Alphonse Daudet, Elémir Bourges et Lucien Descaves forment ainsi le socle des « dix » fondateurs.

Le Prix Goncourt

 Michel Houellebecq assailli le jour de la remise de son prix Goncourt

Trois ans plus tard, le 21 décembre 1903, le premier Prix Goncourt est voté et remis à Antoine Nau pour son roman Force ennemie. Mais le succès est loin d’être immédiat et ce n’est que progressivement que le prix s’imposera. Depuis, les plus grands noms de la littérature française y ont défilé et le Goncourt est devenu la récompense ultime, aussi convoitée par les auteurs que par leurs éditeurs. Et si le lauréat ne touche plus qu’un maigre chèque de 10 euros, le tirage et les ventes que le prix promet ont de quoi le combler. Henri Barbusse (Le Feu, 1916), Marcel Proust (À l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1919), André Malraux (La Condition humaine, 1933), Julien Gracq, qui le refusa (Le Rivage des Syrtes, 1951), Simone de Beauvoir (Les Mandarins, 1954), Romain Gary (Les Racines du ciel, 1956), récompensé une seconde fois sous le nom d’Émile Ajar (pour La Vie devant soi en 1975), Edmonde Charles-Roux (Oublier Palerme,1966), Michel Tournier (le Roi des aulnes, 1970), Marguerite Duras (L’amant, 1984) ou encore Amin Maalouf (Le rocher de Tanios, 1993), Jean Echenoz (Je m’en vais, 1999), Michel Houellebecq (La Carte et le Territoire, 2010) et l‘an passé Mathias Enard pour Boussole, le palmarès a de quoi faire rêver. Autant que les noms des dix membres actuels : Didier Decoin, Patrick Rambaud, Pierre Assouline, Paule Constant, Tahar Ben Jelloun, Françoise Chandernagor, Bernard Pivot (le président), Eric-Emmanuel Schmitt, Philippe Claudel et Virginie Despentes, dernière recrue en date. Si la grande favorite de cette année est Leila Slimani pour sa terrible Chanson douce, en 113 ans, les Goncourt ne nous ont pas seulement enjoints à lire. Ils nous ont aussi appris une chose : avec eux, on n’est jamais à l’abri d’une surprise… Suspens donc, et verdit dans quelques heures.

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