Lifestyle

Mariages et chasse à courre

 Crédits photo, Rime Arodaky

« Les mariages c’est si beau, y a tellement d’amour, à chaque fois je pleure ».  Mais oui, mais oui. Il est peut-être d’usage de déclamer des phrases convenues et des milliers de cœur cœur cœur au sortir d’un mariage, mais l’inconvénient de la langue de bois, c’est qu’à force de l’employer on risque de finir avec un arbre dans la bouche. Celui qui cache la forêt. Parce qu’à bien regarder les photos du dit mariage, ce qu’on remarque sont moins les yeux remplis de larmes ou les cœurs gonflés des invités que les regards qu’échangent certaines convives qui, deux heures plus tôt, ne se connaissaient pas, et la longueur minimale des robes de la majorité des filles.

Arrêtons un instant de se mentir, si on s’apprête et passe des heures à réfléchir à la robe qu’on portera le jour J, c’est moins par espoir de finir la nuit comme la mariée (mariée), qu’avec un homme dans son lit.  Fait inédit, les mariages, lieu de l’Âmour et du romantisme, sont aussi les seuls moments où il est clairement autorisé, voire recommandé, d’avoir une aventure d’un soir. C’est même presque un devoir. Preuve en est, la façon dont les invités, hommes et femmes, scannent d’abord la foule à la recherche de l’élu, non de leur vie, mais de leur nuit. Les EVJF sont d’ailleurs aussi l’occasion pour la future mariée, une fois ses litres d’alcool réglementaire avalés, de renseigner ses témoins sur leurs homologues masculins. Et ça parle moins CV et niveau de culture G que fessiers et performance nocturne. Et quoi de plus normal quand on sait que tout est réunit ; un cadre idyllique, les gens qu’on aime, la fête, des inconnus immédiatement familiers, tous beaux et apprêtés, la légèreté d’une soirée qu’on sait inoubliable mais hors du temps. Il n’est qu’à voir la piste de danse d’un mariage à deux heures du matin ; une boom de trentenaires où les langues se délient, et les corsets avec.
Alors pourquoi s’en cacher? Ou pire, s’en priver ? Là où les coups d’un soir peuvent être mal vus ou mal vécus dans un cadre habituel, les mariages sont l’occasion rare et précieuse de se faire plaisir sans regretter. De coucher avec quelqu’un sans chercher à savoir si il ou elle sera le bon/la bonne. C’est peut-être aussi l’occasion de réaliser que les adages populaires ne sont pas toujours dénués de sens et qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien. Que la condition sine qua non du bonheur, c’est aussi de prendre les choses avec souplesse et liberté. Enfin de s’avouer que pour finir un jour comme la mariée, on n’est pas obligée avant ça de vivre comme une nonne, au contraire. Voulez-vous coucher avec moi ce soir ? est peut-être le préliminaire du sacro-saint Veux-tu m’épouser ? Ou son alter ego.