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Plaisir d’offrir, joie de revendre : Peut-on revendre ses cadeaux de Noël sans honte ?

 Plaisir d’offrir, joie de revendre Ou Peut-on revendre ses cadeaux de Noël sans honte ?

Avec les kilos de foie gras, les litres de champagne, les branches de gui et les sapins dignement décorés, Noël apporte aussi son lot de cadeaux audacieux. Comprenez, de présents que l’on n’attendait pas. Et dont, hélas, on voit mal ce qu’on pourrait faire. Il y a l’inévitable pull tricoté par sa tante éloignée (ou n’est-ce pas une cousine germaine ?) dans lequel on se noie, ou s’étouffe, tout dépend, et dont les motifs régressifs nous assureraient sans aucun doute les rires de nos plus chers amis ; les livres pour enfants offerts par cet ami de la famille qui a oublié que, comme lui, nous aussi avons vieilli ; le CD (oui, ça existe encore) de telle pop star inconnue, ou de tel jazzman tout aussi anonyme à nos yeux ; le livre de recettes qu’aucune cuisine n’accueille (la cuisine étant l’endroit où l’on déballe les plats Deliveroo) ; les chaussettes taille 44 et le jean taille 26… j’en passe et des meilleurs.

Mais ça c’était avant. Avant internet et la bienaimée génération Y qui, impatiente autant que sur consommatrice (dit-on), ne voit plus l’intérêt de garder tant de cadeaux loupés et préfèrent, dès le 26 décembre, les mettre en vente sur les sites dédiés. Ebay, Price Minister, Le boncoin, Viagogo, ConsoGlobe, mais aussi vendre-ses-cadeaux.fr (au moins, le message est clair), troc-cadeaux.com (idem) ou pretachanger.fr, la liste de ces sites est presque aussi longue que celles des curieux cadeaux qu’on reçoit tous un jour.

Et tout est fait pour aller vite, il suffit de saisir son téléphone portable, de prendre une photo du dit présent, de remplir la fiche de description et de le mettre en ligne pour que, magie, quelques temps plus tard, le vieux pull de la Tante Martha ne soit plus qu’un souvenir, et le mascara Chanel qu’on voulait, sur nos cils. Oui mais, est-ce bien sérieux tout ça ? Au-delà de la politesse qui voudrait qu’on accepte sans broncher les cadeaux qu’on veut bien nous faire, un cadeau ne tient pas seulement à l’objet acheté mais aussi à l’intention que celui qui l’a fait y a mis (certes, avec l’intégral de Navarro, on a du mal à la cerner) et au temps qu’il a passé à nous chercher et trouver le cadeau qu’il a jugé approprié. Il y aussi une certaine tendresse à pouvoir retrouver, quelques années après, le énième tricot violacé de la même tante Martha, la carte musicale et le ticket cadeau offert par l’oncle Alfred, ou la surprise qu’on peut avoir, après avoir finalement mis le nez dans l’intégrale autrefois décriée, en s’apercevant qu’en fait, Roger Hanin est plutôt cool.

D’un autre côté, les fervents revendeurs nous répondront que ce n’est pas leur appétit de surconsommation mais bien leur conscience écolo qui les pousse à revendre leurs cadeaux inutiles, pour ne pas ajouter au gâchis mondial et accumuler des biens auxquels ils ne donneront jamais aucune destinée. Et pour pouvoir faire, ailleurs, un heureux, en lui permettant d’acquérir son présent. Bien, mais on rétorquera alors que les fêtes Noël, célébration religieuse à l’origine, sont aussi l’occasion de pouvoir exercer sa charité chrétienne, et qu’au lieu de revendre ses cadeaux, on peut tout simplement les donner. Car oui, les pulls de la tante Martha ont chauffé bien des cœurs depuis des années. Et faire un heureux gratuitement semble mieux que de le faire en lui demandant de l’argent. On répondra enfin que pour lutter efficacement contre l’épidémie de cadeaux avariés, on peut aussi, tout simplement, se servir d’internet, mais cette fois à une fin moins honteuse, en repérant par exemple quelques cadeaux abordables sur des sites choisis et en mailant tout ça à un complice de la famille pour qu’il fasse passer le message à qui de droit. Et si vraiment, même après avoir vu le lien menant au livre dont on rêve, la tante Martha s’échine à nous offrir un nouveau tricot de Noël, on pourra tout simplement la remercier chaleureusement et se dire qu’on tient là l’occasion de battre un record de likes sur instagram en postant une photo de soi dans le pull « cerf enneigé » sur laquelle apparaitra le sourire fier et lumineux de notre Tante Martha enfin comblée. Et ça, ça n’a pas de prix.