Lifestyle

Point Q – A table !

Quand le corps se fait buffet.
Les fantasmes sexuels ont beau être intimes et personnels, certains sont partagés par tous. Clichés, stéréotypes, scénarios érotiques reproduits à l’envie dans les films ou les livres et que chacun, un jour, adopte pour essayer, ils sont nombreux. Faire l’amour dans les toilettes d’un avion ou dans un ascenseur, porter un uniforme (de policier, d’infirmière, que sais-je, de super-héro), attacher son compagnon/se faire attacher au sommier de son lit, ou transformer son corps en table à manger pour allier plaisir sexuel et culinaire.

Chantilly, fraise, framboise, chocolat, on connaît tous la scène et le principe ; disposer sur le corps dénudé de son/sa partenaire certains mets pour faire de sa peau un chemin de délices et précéder l’acte sexuel d’une dégustation sensuelle.

Le jeu ne paraît pas absurde quand on sait qu’on peut aussi bien parler d’orgasme sexuel que de jouissance culinaire, ou quand on pense que, dans les deux cas, la bouche et la langue jouent un rôle central. De tout temps, les scènes amoureuses faisant de certains aliments les pivots de préliminaires épicés ont ainsi nourri l’imaginaire collectif : Audrey Horne nouant des queues de cerises avec sa langue dans Twin Peaks, Halle Berry séduisant James Bond  en dégustant une figue dans Meurs un autre jour,  on en passe et des meilleurs. La chose a même un nom, c’est la sitophilie (du Grec sitos : blé et philia : amour de), ou l’utilisation de la nourriture à des fins sexuelles. La publicité en a depuis fait un fantasme lucratif employé avec plus ou moins de pudeur pour nous vendre ici un chocolat, là un coca, ou même une vinaigrette.

 

 Quand le corps se fait buffet, pub vinaigrette

Toutefois, il suffit de peu pour que la fête tourne au ridicule ou au grotesque. Il suffit, en fait, de se croire attablé et d’appliquer le principe à la lettre en faisant de son partenaire un buffet. On se souvient de la scène parodique du film Hot shots dans laquelle Charlie Sheen prépare un brunch sur le corps de Valeria Golino et fait cuire bacon et œufs au plat sur son ventre brûlant. Ici encore, le régime s’impose et la liste des aliments conseillés se réduit finalement aux fruits rouges et aux douceurs liquides, chocolat, miel ou chantilly. Hélas, même là, la catastrophe n’est pas loin. Car il en faut peu pour que les draps se transforment en nappe salie (les liquides, par définition, coulent, et les fruits rouges comme le chocolat ne font pas les taches les moins tenaces) ou pour que la « mise en bouche » tourne au drame. Essayez un peu de maintenir des fraises en place sur votre ventre ou d’avaler une gorgée pleine de chantilly sans qu’une partie ne réapparaisse par les narines et vous verrez. Et je ne vous parle pas des sourires teintés de chocolat (qui n’ont rien de sexy) ou des risques de morsures incontrôlées. Le meilleur scénario possible étant finalement le fou rire partagé qu’on peut avoir en prenant conscience de ce qu’on est en train de faire. Et de l’impossibilité de le faire correctement.

Faut-il pour autant se priver de lier plaisirs sexuel et gustatif ? Evidemment pas. Mais on ne pourra que vous conseiller de réserver les amuse-gueules pour l’entrée et hors des draps. Ou, à défaut, vous donner l’adresse d’un bon pressing.