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Point Q : Bla-bla-bla

 Point Q : Bla-bla-bla

Les pipelettes sexuelles 

Si pendant l’acte amoureux, la communication passe essentiellement par les gestes et le langage corporel, et qu’on a souvent la bouche pleine des baisers qu’on se donne, cela ne signifie pas que la nudité nous coupe aussi la langue. Surtout pas quand on sait que ce qu’on se dit au lit importe tout autant que ce qu’on y fait. Et révèle parfois des choses inattendues.

Le cas le plus dérangeant serait apparemment le mutique. Entendez celui ou celle qui, lorsqu’il œuvre au plaisir, semble si concentré qu’il en oublie de parler. Or, si le plaisir passe alors par le corps, c’est par les mots et les cris qu’on l’exprime et exulte. Et même si tout se passe bien, en pratique, il n’y a rien de plus embarrassant et de plus alarmant qu’une chambre emplie d’un plaisir silencieux. Parce que le partage passe aussi par sa capacité de dire à l’autre que « oui, ô, oui » on y prend du plaisir, mais aussi que le jeu des corps, pour être complice, va de pair avec celui des mots et que le vrai laisser-aller tient dans la confiance qu’on fait à l’autre en lui livrant ses émotions.

Pour autant, un excès de langue peut aussi être particulièrement gênant. Et révélateur de choses dont on ne se doutait pas. Deux cas là encore : le premier, assez fréquent (merci Youporn), est celui dans lequel son/sa partenaire se met soudain à parler comme un mauvais rappeur au vocabulaire peu châtié et aux fantasmes clairement ciblés. Entendez, ceux qui se lancent dans un concert d’insultes (Ma petite s*****, Sale p***) et leur pendant féminin (Donne-moi ta grosse…, Allez c******), l’un et l’autre reproduisant généralement le fameux schéma de la femme dominée et du mâle dominant. Si cela peut aller lorsque ça tient du jeu partagé (où chacun se plait à rentrer dans son rôle), ça dérape si l’autre est seul à nous asséner ses insultes et à vouloir rejouer la scène de la première étreinte dans les grottes de Lascaux. Mais le deuxième cas n’est pas moins pire : c’est le cas « conversation de salon », où l’autre passe son temps à nous demander si « tout va bien », ou pire, à nous indiquer verbalement les positions dans lesquelles se mettre au lieu d’utiliser ses mains. Et croyez-moi, ceux-là, souvent embarrassés d’eux-mêmes (et c’est bien ça qui rompt le charme), sont les plus bavards. Le voyage sensuel ressemble alors drôlement à un tour en voiture guidé par la voix d’un GPS robotique.

En vérité,  il n’y a pas de règles en la matière et si certain(e)s préfèrent hurler de plaisir et se lancer dans des monologues, d’autres prendront leur plaisir en ne glissant que quelques râles et quelques mots. Le plus important tient au partage et à l’harmonie que créent les deux voix mêlées. Que les deux se comprennent et s’accordent, et surtout, parlent moins pour eux-mêmes que pour vraiment commu-niquer avec leur partenaire. C’est-à-dire se livrer entièrement, par seulement par le corps, mais en confiant à l’autre ce qu’il y a de plus intime ; nos pensées. Qu’une fille d’apparence prude puisse soudain se mettre à parler comme Booba, non parce qu’elle pense devoir le faire mais parce que c’est là qu’elle trouve son plaisir, ou qu’un homme viril nous rejoue la tirade du baiser de Cyrano, et que l’autre l’entende et le comprenne sans trouver ça étrange, c’est-à-dire le reçoive, là sont vraiment, ce qu’on pourrait appeler les mots d’amour.

 Point Q, Bla bla bla