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Point Q : Don’t let me be misunderstood 

 Point Q : Don’t let me be misunderstood 

Autrefois, on écrivait des lettres à sa belle ou à son prétendant. Aujourd’hui on envoie des sms. Certes, c’est moins glamour et romantique, mais c’est plus pratique. Non seulement on n’a plus à attendre des jours, voire des mois, que notre missive arrive pour espérer en recevoir une en retour. En une seconde c’est fait et, ô merveille, on peut même savoir si son alter ego l’a reçue (et lue). Mais en plus, cela permet de continuer à attiser la flamme et à entretenir le contact les semaines de travail chargées ou pendant les vacances (pour les couples encore en période d’essai).

Ceci à condition, évidemment, de bien se faire comprendre. Car le texto, ou la langue brute, sans les intonations et expressions faciales qui accompagnent habituellement nos mots, est aussi une source inépuisable de malentendus. Et de scènes de torture intellectuelle à imaginer ce que l’autre veut dire, ou ce que l’autre a pu comprendre de notre dernier message. Les émoticônes sont d’ailleurs là pour donner le ton en joignant le visage à la parole. « Hâte de te voir » = Je suis content de te voir, quand « Hâte de te voir + émoticône bisou cœur » = Hâte de te rouler d’énormes pelles. Autres alliés appréciables, et subtilités de la langue française, les signes de ponctuation. On connait tous la différence entre un « hello » et un «Hello ! », qu’on appelle l’enthousiasme ; les affres de doutes dans lesquelles peuvent nous jeter les mystérieux trois petits points (« Ca va ? / Oui… » ?!?) ou la sensualité qu’on y devine (« Je t’embrasse… ») ; et le froid glacial que peut jeter un point. « Voyez. ».

Pour autant, ça ne met personne à l’abri des malentendus que les textos provoquent. Certains de mes amis ont ainsi appris à proscrire, en période de date, leur humour et à rester parqués au plat premier degré pour ne pas risquer la cata. D’autres, au contraire, ont pu faire l’expérience des dangers de la blague lorsqu’elle est écrite et que les sourcils remontés ou le sourire en coin ne l’escortent plus. Exemple : « Tu es libre pour diner ce soir ? / Oui, avec joie ! (notez le point d’exclamation) / Parfait !Jt’emmène au Mc Do ! » Là, ce que tente le messager c’est surtout le diable. Parce qu’il y a une chance sur deux pour que l’autre ne comprenne pas, ou du moins hésite à bien comprendre. Et, dans les premiers temps d’une relation, croyez-moi, chaque texto peut devenir un problème d’algèbre que même Will Hunting ne saurait résoudre. Ou la preuve, parfois trompeuse, qu’on ne se comprend pas. Ne nous réjouissions pas trop vite, les couples plus mûrs sont aussi concernés. Je ne compte plus le nombre de disputes dans lesquelles tout partait, finalement, d’un texto mal compris. Texto qu’on pensait froid (le fameux « Ok », si difficile à interpréter) là où il n’était qu’informatif, rapidement expédié, sans point d’exclamation ou émoticône adjoints faute de temps. Et pire est la dispute par textos qui s’en suit.

Alors, faut-il pour autant bannir les sms ? Ciel non ! Mais les réserver à un usage informatif, pratique, ou ne pas s’arracher les cheveux à essayer d’interpréter les mots, oui. Car à moins d’être sémiologue ou linguiste, et à défaut d’être Baudelaire ou Mallarmé, mieux vaut réserver l’art de la langue au réel et au vivant. Dans tous les sens du terme…