Lifestyle

Point Q. L’art du Q

 Mapplethorpe

Quand le sexe se fait art et le lit devient scène.

L’art et le sexe se sont déjà croisés de multiples fois. Ils sont même de grands amis. Parfois pour le meilleur. Que serait le Musée d’Orsay sans L’origine du monde de Courbet, la photo sans Mapplethorpe, le cinéma sans Pasolini, la vie sans les créatures d’Egon Schiele ? Quand l’art s’éprend du nu et du cul pour s’inspirer, et que l’artiste le fait, non pour choquer, mais pour révéler, on ne peut que s’en réjouir.

 

 Mapplethorpe
 Salo de Pasolini

En revanche, quand le sexe se fait art, on n’est pas toujours assuré d’en jouir. On en a tous déjà croisé un ou une, un esthète du cul qui pense qu’une partie de jambes en l’air est une performance et s’imagine, sous les draps de l’intimité, qu’un public le regarde. Parfois ça ne tient à rien, quelques bougies allumées avant l’acte et une playlist discrètement mise en route, et après tout, si certains ont besoin d’un cérémonial pour se sentir à l’aise, pourquoi pas. Mais la chose devient plus inquiétante quand apparaissent aux murs ou au plafond des miroirs, ou pire, des caméras, et que l’on s’aperçoit qu’on ne fait plus l’amour, mais bien un happening.

Pour d’autres, tout est dans le coup de rein. Plutôt que de s’attarder sur son/sa partenaire, les esthètes du sexe pratiquent l’art du Q et se regardent faire, enchaînant les mouvements et les passes de jambes comme s’ils voulaient rejouer la Tragédie qu’Olivier Dubois présentait au Festival d’Avignon en juillet 2012 et dans laquelle il faisait se mouvoir 18 danseurs nus. Sauf que le lit n’est pas une scène. D’ailleurs, à bien les regarder, on se dit qu’ils pourraient très bien continuer sans nous, et qu’on n’est que la toile d’une peinture qu’on ne signera jamais et dont le pinceau ne nous est pas donné.

 Olivier Dubois - Tragédie

Ou la reproduction maladroite et incarnée de la sculpture que Jeff Koons exposa au Tate Museum de Londres en 2009 et qui le représentait en train de faire l’amour avec sa femme de l’époque, l’ex-actrice porno italienne au sobriquet révélateur, la Cicciolina. Le seul problème, on le disait, c’est que l’art, aussi beau puisse-t-il être, nous est cher aussi parce qu’il nous est utile. Sans remettre sur la table l’éternel sujet de philo au bac, le beau est-il utile, vous avez quatre heures, bonne chance, on peut avouer que, si on aime tant Courbet, Devoy, Newton, MacCarthy et d’autres, c’est parce que leurs toiles nous procurent du plaisir.

 

Idem en matière de sexe, tant que les bougies, la musique, le miroir, la caméra, le déguisement, les jeux de rôle, les plumes, les postures, que sais-je encore, peuvent nous aider à jouir, tant mieux. Mais il est souvent difficile d’atteindre le septième ciel quand celui qui est censé nous aider à y grimper passe son temps à se regarder dans le miroir de l’ascenseur sexuel. Quand il/elle se prend pour un artiste en pleine création d’une œuvre dont on ne saisit pas le but et nous tord en tous sens pour suivre sa volonté. À la question qu’on est alors en droit de se poser, c’est quoi son délire ?, la réponse est simple ; pas mon plaisir.

La preuve que l’art du Q, définitivement, est un art qui n’a de sens qu’ensemble, un art total comme aurait dit Wagner.

 Love de Gaspar Noé avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin