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Point Q : Je te suis tu me fuis, tu me fuis je te suis, ça marche encore ?

 Point Q : Je te suis tu me fuis, tu me fuis je te suis

Les stratégies adolescentes, ça marche encore ? 

L’avantage de quitter l’enfance et l’adolescence, c’est qu’on laisse derrière nous certains comportements. Parmi lesquels, les crêpages de chignons entre filles (du moins quotidien), la volonté de plaire à tout le monde, les disputes puériles et méchantes ou les exercices de style douteux. Idem en amour ; plus besoin de faire passer de mots dans la classe pour déclarer sa flamme, de se rouler des pelles huit heures ou de suivre des dictons idiots et des stratégies absurdes pour plaire. Grandir, et vieillir, c’est prendre de l’assurance et laisser aux cours de récré les jeux de rôles. Quoique pas toujours.

Il semblerait en effet que le plus célèbre d’entre eux, la fameuse tactique du je te suis tu me fuis, tu me fuis je te suis (ou, variante, Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis) soit toujours d’actualité et encore largement pratiquée par les trentenaires et plus. Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas l’adage, voici l’astuce : pour te rendre irrésistible et d’attacher quelqu’un, surtout ne lui dis pas ce que tu ressens mais ignore-le gentiment et ne te donne pas trop vite. En découlent tout un attirail de principes à suivre à la lettre ; ne pas répondre immédiatement aux textos, laisser passer quelques heures voire quelques jours avant de se manifester, ne pas dévoiler ses sentiments, jouer la carte de l’indifférence et de la distance, et ce même après plusieurs nuits passées ensemble. Playing it hard to get disent nos amis les Yankees.

Qui n’a pas déjà vu un de ses proches recevoir un texto de son récent crush et reposer, sourire en coin, son téléphone, en disant ; je répondrai plus tard, je vais le faire mariner un peu ? Certes, la tactique est souvent efficace pour piquer l’autre et susciter son impatience.

Le désir se nourrissant aussi du manque, plus on disparait, plus le manque grandi. Avec, hélas, l’incompréhension et l’inquiétude.  Car le problème de ce genre de jeux, c’est qu’à défaut d’attacher l’autre à ses propres qualités par l’attention qu’on lui accorde et la complicité qu’on crée ensemble, on l’attache à une blessure  en titillant (et heurtant) son ego et en se faisant passer pour ce que l’on n’est pas. Loin d’une rencontre de cœurs, ça devient une guerre d’égo. Et si la victime désire vraiment quelque chose, c’est moins de nous aimer que d’être rappelée pour se rassurer. Le second problème, qui en résulte, c’est que démarrer une relation sur un tel rapport de force laisse peu de place à un avenir joyeux et installe, d’entrée de jeu, un déséquilibre malsain. Le dernier, c’est que passé 20 ans, avoir besoin de mettre en pratique des conseils qu’on se donnait à 14 et se priver de vivre pleinement une histoire en affichant ses sentiments, c’est passer à côté de l’intérêt de l’amour, et de la vie, qui est justement de vivre les choses qui nous arrivent. Et de les assumer, qu’importe le risque qu’on prend. Finalement, en grandissant, s’il y a bien une loi qu’on apprend en matière d’amour à laquelle on peut croire, ce serait plutôt ; je me donne tu te donnes, je te donne tu me donnes

 Point Q : Je te suis tu me fuis, tu me fuis je te suis