Lifestyle

Les RDV d’Alix #1 : Pôle emploi

 Les RDV d'Alix #1 : Pôle emploi

« Tu me passes le Monoï ? » Une brise tiède secoue mes cheveux. Il fait chaud, la mer est turquoise. Je sirote un mojito, les doigts de pieds en éventail sur le sable blanc. Position qui me permet de contempler mes ongles, bizarrement non vernis. Ni limés. Je ne sais pas pourquoi, mais dans mes rêves, je n’ai jamais les ongles faits. J’imagine que le petit monde créé par mon subconscient autorise ce genre d’attentat à la décence humaine. Bref, peu importe. Je suis en vacances au paradis. Avec mon chat, qui m’a gentiment passé le Monoï. Enfin, je croyais être avec mon chat, mais il semblerait qu’il se soit soudainement transformé en Jean-Jacques Bourdin, vêtu d’un joli slip coloré, et qui me raconte sa dernière interview politique. J’ouvre les yeux, il est 7h55. Je suis dans mon lit. Adieu le bronzage, il fait sombre et froid. J’éteins le radio-réveil et me traîne avec peine jusqu’à la douche – heureusement que je vis dans 15 mètres carrés, sinon ce périple matinal serait insurmontable.

Il est 8h11, j’ai rendez-vous à 9h avec Nadège, ma conseillère Pôle Emploi. Une belle journée s’annonce. Je viens de réaliser que je n’avais plus de capsules de café, et quand je ne bois pas de café le matin, je sais d’emblée que les prochaines 24h seront riches en émotions et en bonnes surprises. Manquerait plus que je rate mon trait eye-liner, et je saurais que le mauvais sort a décidé de s’acharner sur moi.

8h23. J’ai raté mon trait eye-liner et j’ai la paupière gauche toute noire. Je n’ai plus de cotons – et oui, il va falloir que je songe à aller faire les courses – j’ai donc été contrainte de me démaquiller avec du papier toilette. J’ai des petites bouloches roses partout dans les plis de ma peau.

8h33. Catastrophe rattrapée. Mes cheveux sont bizarres en revanche. J’ai dormi avec un chignon, j’ai tellement de volume que je ressemble à Louis XIV. La mauvaise nouvelle, c’est je n’ai pas le temps de regarder un tuto sur Youtube pour m’aider à en faire quelque chose de présentable. Tant pis, je les attache.

8h40. Je ne suis toujours pas habillée. Comment est-ce qu’on s’habille pour un rendez-vous chez Pôle Emploi ? Est-ce qu’il faut que je fasse semblant d’être une femme active et débordée ? Ou dois-je plutôt jouer l’inverse, c’est-à-dire la pauvre jeune femme de 27 ans injustement jetée à la rue avec ses diplômes et son chat ? Hum.

8h48. Heureusement que j’habite à côté du Pôle Emploi. L’intégralité de ma garde-robe est empilée sur mon lit et j’ai filé mon dernier collant. J’opte finalement pour un pantalon, un chemisier avec de la dentelle et une paire de baskets. Je quitte mon appartement, emmitouflée dans mon manteau beige oversized. C’est ma trouvaille de l’année ce manteau. Je l’ai déniché dans une friperie. Il me donne un look à la fois sophistiqué et nonchalant. J’espère que Nadège va l’apprécier.

Cinq minutes plus tard, café et banana bread en main, me voilà rue Vicq d’Azir, prête à affronter cette chère Nadège. Je me demande à quoi elle ressemble. J’ai eu l’impression qu’elle avait un petit accent antillais au téléphone.

9h22. Quelqu’un là haut s’est vengé. Pour une fois que j’étais à l’heure, je me retrouve à poireauter 25 minutes sur une chaise très peu confortable et qui me donne mal au dos. J’ai mis des miettes de banana bread partout et la dame de l’accueil me regarde d’une drôle de manière, comme si elle s’attendait à ce que je ramasse les miettes. A moins que ce ne soit le tableau qui se déroule en face d’elle qui justifie son expression faciale. Je suis assise entre Walid, 35 ans, qui s’est chaleureusement présenté sans que je l’invite à le faire, et une dame très maquillée, au visage un peu pincé, qui a l’air d’avoir la cinquantaine. Une belle brochette digne d’une publicité Benetton. Ca sent le navet moisi dans la salle d’attente. Mais je me demande si l’odeur ne viendrait pas de la  dame assise à côté de moi… Hum…

 Les RDV d'Alix #1 : Pôle emploi

A 9h40, alors que je commençais à perdre espoir, on m’annonce :

-« Mademoiselle Duchesne ? On va pouvoir vous recevoir. Allez-y, c’est par ici »

Je dis au revoir à Walid et j’entre dans la salle. Nadège me fait face. Elle n’est pas antillaise pour un sou. Elle a la peau très pâle, le visage tout rond encadré par des cheveux très courts. Elle a un air un peu sévère. Au niveau du style, c’est pas terrible : elle porte une chemise trop large, avec des imprimés multicolores, qui ne la met pas du tout en valeur. On voit qu’elle a une poitrine généreuse mais qu’elle essaye de la dissimuler. En revanche elle a remarqué que je regardais ses seins et ce n’est pas génial pour un premier contact physique.

-« Installez-vous, Mademoiselle », me dit-elle sèchement.

Elle attrape un formulaire avec des petites cases qui sort tout juste de l’imprimante. Elle retire ses lunettes rectangulaires et plisse les yeux.

-« Alors, racontez-moi, où en êtes-vous depuis notre dernière conversation téléphonique ? 

-Ben… J’ai postulé à quelques offres d’emploi. C’est pas facile de rebondir vous savez, le marché de l’emploi, pour nous les jeunes, c’est plus ce que c’était. »

C’est vrai que les choses ne sont pas simples. Pourtant, tout se passait plutôt bien pour moi, puisque j’ai été embauchée en CDI juste après mon stage de fin d’études, ce qui est très rare. Et en plus dans une société plutôt cool, une start up qui proposait des prestations de conseil et d’encadrement aux autres start up. J’y occupais un poste plutôt transversal,  puisque je m’occupais à la fois de la communication, du marketing et de la stratégie. Ce qui m’arrangeait bien car j’ai plutôt du mal à faire des choix arrêtés sur mes envies professionnelles. Malheureusement, faute d’une levée de fonds suffisante et compte tenu de l’importance des frais engagés, le fondateur a été contraint de mettre la clef sous la porte. Voilà pourquoi, à 27 ans, après un an et demi de bons et loyaux services, je me retrouve sans emploi, avec un chat à nourrir et des besoins importants à satisfaire.

D’ailleurs, Nadège me demande quelles sont mes prétentions salariales, et nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur la question. Son regard glisse de mon manteau à mon sac à main.

-«  Il va falloir revoir vos exigences à la baisse, mademoiselle. »

Baisser mes exigences, je ne fais que ça, y compris dans ma vie personnelle. Depuis ma séparation avec Thomas, j’ai déménagé et je suis passée de 45 mètres carrés à 15. Je ne prends plus de Uber quand je suis en retard, et je bois de l’eau du robinet. Qu’est-ce qu’elle veut de plus, Nadège ? J’ai quand même un bac + 5, ça mérite un train de vie correct, non ? Et d’ailleurs, Nadège, elle a fait quoi comme études ? Elle esquive ma question car nous sommes là pour parler de moi.

– « Ca tombe bien que vous soyez venue aujourd’hui. A 14h, nous avons une session de recrutement pour un grand groupe français, leader de la grande distribution. Ils cherchent des hôtes et hôtesses de caisse. Si ça vous intéresse, je peux vous inscrire à notre atelier « 5 minutes pour convaincre », qui a lieu dans 30 minutes. Ca vous aidera à mettre toutes les chances de votre côté. »

Ça m’a l’air absolument formidable. Je prétexte un autre rendez-vous et je m’éclipse. Salut Nadège, ce fut un plaisir. De toute façon, du moment que tu me verses mes allocations, c’est tout ce qui compte.

Je traverse la rue et je marche vers le canal St Martin. Joanna m’attend pour notre petit déjeuner hebdomadaire. Elle est installée à notre table habituelle. Même de loin, je sens ses ondes positives. Joanna est toujours de bonne humeur, et toujours jolie. Je l’apprécie parce qu’elle est bien dans ses baskets, elle s’est toujours assumée. Ses formes généreuses ne l’ont jamais complexée. Et puis elle a un style imparable, en toute circonstance. D’ailleurs, là, elle est habillée comme si elle faisait la couverture d’un magazine de mode. Ce qui, visiblement, n’est pas mon cas.

-« Bah qu’est-ce qui t’arrive ? On dirait que t’as passé la nuit dans une machine à laver ! 

-« Non, en vérité, j’ai passé la nuit aux Bahamas. Ou aux Seychelles, je ne sais pas trop. Avec Jean-Jacques Bourdin.» Elle me regarde, perplexe.

– « Alix, t’es sûre que ça va ? Tu sais, tu peux me parler… Ces derniers mois ont été compliqués pour toi… Et les amies ça sert à ça. »

Je la rassure sur mon état mental et lui raconte mon rendez-vous en me lançant dans une imitation passionnée de Nadège. Jusqu’à ce qu’elle me coupe brutalement la parole

-« Attends Alix, tais-toi, j’entends un truc !». Effectivement, ça ressemble à un bruit de vibreur. Persuadée que c’est son téléphone et non le mien, je la regarde sans bouger.

-« Ah non, c’est pas moi, il est dans ma poche ! » M’explique-t-elle.

J’attrape mon sac à mains et en sort mon iPhone, dernier vestige de ma vie d’avant. C’est un numéro inconnu. Qui peut bien m’appeler ? Serait-ce un recruteur ? Quelqu’un aurait-il enfin repéré mon potentiel hors du commun et souhaiterait me transformer en star du business ? Mon rythme cardiaque s’accélère.

-« Bah qu’est-ce que tu fous ? Réponds ! »

 

Pour connaître la suite, rendez-vous la semaine prochaine sur Vloggist.fr!

Et en attendant, voici tout ce qui aurait pu permettre à Alix de passer une bien meilleure journée. On sait jamais, ça peut toujours vous servir :

  • des conseils précieux pour un entretien d’embauche
  • Notre top des shampoings secs pour les matins capillaires compliqués
  • Pour éviter le démaquillage catastrophique au PQ parce qu’on a plus de cotons, misez sur les huiles que vous pouvez utiliser avec vos doigts ! On vous en parle ici