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Really ? Airbnb

 Really ? Airbnb

Des avantages et des inconvénients de louer son chez soi

Autrefois, les soirs de fête on prenait des taxis et, une fois les vacances venues, on fermait la porte de chez soi sans se soucier de ce qu’adviendrait son appart. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui on ne dit plus « j’appelle un taxi » mais « je commande un uber », et plus « je pars dans le Sud pour le week-end » mais « je vais dormir chez untel pour mettre mon appart sur Airbnb ». Crise et mutation obligent, pour rentabiliser son appartement quand on s’absente ou le louer en allant dormir ailleurs les fins de mois difficiles, airbnb est la solution. Une solution qui a conquis une large partie de la planète. Mais pas tous, ouvrir la porte de chez soi à des inconnus pour leur permettre d’y vivre représentant encore pour beaucoup une hérésie.

On ne parle évidemment pas là des propriétaires auxquels Airbnb a permis de trouver une source de revenus supplémentaire et d’ajouter la profession hôteliers à leurs CV, et qui louent les biens qu’ils possèdent mais n’habitent pas aux touristes de passage. On parle plutôt de ceux qui louent leur propre domicile, qu’ils en soient propriétaires ou pas, et autorisent ainsi de parfaits inconnus à venir dormir dans leur lit, se prélasser dans leur douche, se réveiller chez eux. Vous aurez compris dans quel camp je suis. Dans celui de celles et ceux qui, certes, voient l’intérêt financier et l’avantage non-négligeable que cela représente, mais y voient aussi une violation d’intimité insupportable. Car si intimité il y a, elle se reflète et se loge précisément là où l’on vit, chez soi, dans son intérieur, qui, si tant est qu’on fasse un peu attention à sa déco et à soi, est pavé de sa personne.

Que ce soit les draps dans lesquels on s’endort le soir et rêve la nuit, les photos encadrées, personnelles ou choisies, qui ornent nos murs, les livres qui emplissent nos  bibliothèques et nous constituent autant qu’elles, ou les vêtements qui nous révèlent et débordent de nos placards, impossible de se cacher chez soi. Et encore plus, pour moi, d’autoriser n’importe qui à y avoir accès. Certes, l’option « malles et placards fermés » existe, comprenez, rassembler dans des malles ou des coffres nos effets les plus personnels et les plus précieux et les y enfermer à double tour pour empêcher nos visiteurs de venir fouiner. Mais d’une part, tout le monde n’a pas la place de stocker, en plus de sa vie, des malles, ou d’avoir une pièce fermée à clé. Et d’autre part, je ne saurais pas quoi y enfermer tant tout ce qui décore mon foyer reflète mon intériorité. Aussi précieuse que la bague de mes 18 ans est cette photo de famille encadrée et accrochée dans l’entrée. Aussi privés que mes sous-vêtements sont les dizaines de carnets sur lesquels j’écris depuis l’enfance.

L’autre option, par nombre de mes proches conseillée, serait d’alléger sa déco, d’acheter des objets moins précieux (et plus facilement remplaçables) que ceux pour lesquels on craque vraiment, de ne pas tapisser ses murs de photos trop perso, d’acheter des draps cheap et moins beaux pour les jours de location et finalement de transformer son appartement en vraie chambre d’hôtel sans plus penser à soi. A ceux-là, que je comprends mais ne peux imiter, je réponds généralement que je préfère manger des pâtes une semaine durant et moins sortir tout en restant dans un appartement qui me ressemble, dans lequel, chaque soir, je peux rentrer en me disant : « je suis chez moi ». Parce que l’expression home sweet home n’est pas une formule creuse mais désigne une certaine paix mentale, un vrai bonheur, un luxe inestimable, celui d’avoir sur terre, comme l’appelait Virginia Woolf dans son livre éponyme, Une chambre à soi. Un endroit privé où l’on se sente en sécurité, entouré de ce/ceux qu’on aime, un véritable foyer. Et un foyer, je crois, ne se loue pas, il se partage et s’ouvre aux autres non pour l’argent mais par amour.