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Really ? Million Dollar Baby

 MUNCH

Quand les prix des œuvres d’art s’envolent et nous dépassent.

On dit souvent des choses sublimes, qu’il s’agisse de moments ou de biens matériels, qu’elles n’ont pas de prix. Façon de dire que le chiffre indiqué sur l’étiquette ne suffit pas à témoigner de la valeur réelle du bien désigné. C’est vrai, mais pas tout à fait. Car si effectivement une toile de Picasso ou une sculpture de Giacometti et les émotions qu’elles peuvent nous procurer n’ont, en soi, pas de prix, sur le marché elles en ont quand même un. Et pas des moindres.

 

 Cézanne Les joueurs de cartes
 Paul Gauguin : Quand te maries-tu ? Prix : 300 millions de dollars

300 millions de dollars pour la toile intitulée Quand te maries-tu ? de Paul Gauguin, 274 millions pour Les joueurs de cartes de Paul Cézanne, 180 millions pour Les Femmes d’Alger de Pablo Picasso… aujourd’hui, pour acquérir une toile de maître, mieux vaut être millionnaire. Et encore, il ne s’agit là que des prix des œuvres vendues publiquement, aux enchères donc, les prix des ventes entre particuliers pouvant atteindre des sommets stratosphériques qui, à défaut de nous parler, nous dépassent. Sans remâcher l’éternel couplet « y a des enfants qui meurent dans le monde » en sortant son brassard Action contre la faim, on est quand même en droit de s’étonner d’une pareille inflation et des prix exorbitants que les œuvres d’art peuvent atteindre. En 2013 par exemple, suite à la vente de son Baloon Dog orange pour la modique somme de 58,4 millions de dollars, Jeff Koons est devenu l’artiste vivant le plus cher au monde. Lors de la même vente, le triptyque de Francis Bacon Trois Études de Lucien Freud a été cédé à 142,4 millions de dollars, explosant le précédent record  de vente posthume (119,9 millions pour Le Cri d’Edvard Munch). C’est dire.

 

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Ceci s’explique évidemment par de multiples phénomènes : avec la crise, l’art est devenu une valeur encore plus prisée, car plus sûre. Le marché continue de se développer et de s’ouvrir, faisant notamment rentrer dans la partie les acheteurs chinois ou le Qatar (à qui les deux toiles les plus chères au monde, le Gauguin et le Cézanne précitées, furent vendues) dont les fortunes sont colossales ; les musées se multiplient, et, quand on touche aux monstres sacrés, la formule « ça n’a pas de prix » s’applique d’autant plus. Entendez, la raison fuit et c’est au plus offrant. Comme dans tout, plus un bien est rare, plus il est cher. Ainsi va le désir et flambent les prix.

Certes, mais cela n’empêche pas d’écarquiller plus grands encore nos yeux en voyant grimper les montants d’année en année, le tout sur fond de crise mondiale et de creusement des écarts de richesses. A croire que ce que ces prix dépeignent, c’est moins un monde plein de beauté qu’un monde définitivement assez injuste sur lequel l’argent, ce démiurge dément, règne en riant. A craindre, surtout, qu’avec l’arrivée de ces nouvelles fortunes privées et l’internationalisation des échanges, les grands chefs-d’œuvre ne nous échappent et finissent dans les palais privés de particuliers richissimes plutôt que dans nos musées. Car alors ce serait nous faire payer cher le prix d’un monde devenu fou.