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Tinder est-il le Grindr des hétéros ?

 Tinder is the night ou Tinder est-il le Grindr des hétéros ?

Entre coups de foudre amoureux et coups d’un soir, à quoi sert vraiment Tinder ?

Bien avant Tinder et Happen, à l’époque où les hétéros n’avaient encore le choix qu’entre Meetic, Attractiv Wolrd et Adopteunmec, existait Grindr. Destinée en premier lieu à la communauté gay, et principalement aux hommes homosexuels, Grindr était une application de rencontres, certes, mais dont l’usage a très vite été orienté… sur le sexe. En effet, ces utilisateurs l’ont rapidement utilisé pour assouvir leurs envies sexuelles immédiates et localiser un partenaire susceptible de les y aider. Donc moins pour aimer que pour coucher, s’envoyer en l’air dans la minute sans passer par la case verre/ciné/diner. Et sans avoir, ensuite, à rappeler leur amant éphémère venu chercher, lui aussi, un coup d’un soir même la journée. Connaissant bien la dite application par certains de mes amis qui en usaient (et abusaient parfois), lorsque Tindr est arrivé, je me suis écriée : « Voilà le Tindr pour hétéro ! ». Non seulement l’assonance et la ressemblance des deux noms semblaient vouloir l’indiquer mais la petite flamme que l’application s’était choisie comme totem me paraissait tout à fait explicite. On venait donc d’inventer l’application « coup d’un soir » pour hétéros, un coup de génie pensais-je, du moins si tout le monde avait bien compris la chose ainsi. Ce qui ne fut pas le cas.

En se présentant avant tout comme une nouvelle application de rencontres basée sur la géolocalisation et certains critères d’âge, Tinder s’est imposé chez les plus jeunes et les trentenaires peu enclin à utiliser Meetic (plus volontiers considéré pour hommes et femmes d’âges murs) et cherchant avant tout à rencontrer des gens proches d’eux, géographiquement et socialement. Et si très vite on ne parlait plus que de ça et que les plus célibatantes se retrouvaient à enchaîner les dates chaque semaine en espérant chaque fois trouver, au prochain rendez-vous, le grand amour, la filiation Grindr, jusque là ignorée ou omise, est apparue. Côté masculin, certains ne s’embarrassaient pas de discussions inutiles et annonçaient tout de suite la couleur ; « T’es chaude ? », « Chez toi ou chez moi ? ». Quand d’autres, plus malins, se pliaient au rituel verre/diner/coucher, mais ne rappelaient jamais leur prétendante d’un soir et préféraient multiplier les conquêtes d’une nuit. Et soyons justes, de nombreuses filles aussi ont ainsi grindriser Tinder. Seulement là où, chez les homosexuels, la véritable utilité (et finalité) de Grindr était connue de tous, ce ne fut pas le cas chez les Tinder users. Et nombreuses furent celles – et ceux dans une moindre proportion – qui se sentirent trompées par la marchandise en s’apercevant que si elles/ils cherchaient l’amour d’autres ne cherchaient qu’à coucher. Aujourd’hui encore, alors que le fait est avéré et qu’on sait généralement que Tinder est aussi fait pour « baiser », j’entends souvent des cœurs brisés s’offusquer d’avoir été une fois de plus dupés et se lamenter sur leur sort. Mais si ces derniers ne sont pas stupides au point de repartir à l’aventure en oubliant l’issue peu romantique qu’elle peut avoir, c’est que Tinder a aussi permis à de nombreux vrais couples de se former. Qui ne connait pas un couple made in Tinder autour de soi ? Certes, Tinder sert aussi à cela. Mais, et la nuance est là, pas avant tout. A la différence des Meetic, Attractiv Wolrd et autres sites de rencontres dont les slogans (Site de rencontres sérieux entre célibataires) soulignent leur différence, Tinder reste un réseau social fondé sur la géolocalisation plus que sur la discussion, donc sur l’immédiat, l’instant et souvent l’éphémère, et s’adressant à des célibataires d’une tranche d’âge où l’on pense moins à se marier qu’à s’amuser.

Faut-il pour autant s’en priver ? Et cela signifie-t-il qu’on ne pourra jamais espérer y trouver l’amour ? Non, mais pour tinderiser, il faut être informé, prêt à tomber sur un partenaire qui ne cherche là qu’un coup d’un soir, et prêt, surtout, à l’accepter. Et savoir s’en aller si ça n’est pas ce qu’on est venu chercher. A nous de décider quand l’éphémère s’arrête. Jeu, set, mais pas match.

 Tinder is the night ou Tinder est-il le Grindr des hétéros ?