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U porn

Des ravages de la mimesis sexuelle 

Qui n’est jamais sorti d’une séance de cinéma encore tellement dans le film qu’il lui semblait le prolonger dans la vie réelle ? Que ce soit en marchant rapidement l’air inquiet et tourmenté en sortant d’un film d’action, ou en riant et dansant au sortir d’une comédie, on a tous déjà vécu ce moment. Les regards langoureux des jeunes filles au sortir du Jeune et jolie de François Ozon ou les pas pressés et ardents des spectateurs de Matrix valaient d’ailleurs leur pesant d’or au sortir des salles qui les projetaient. Fort heureusement pour nous, ces reflexes mimétiques ne durent qu’un temps, le temps de regagner le monde réel, certes plus plat mais cette fois véritable.

Il est pourtant certains films qui laissent des traces plus profondes chez leurs spectateurs avides de reproduire ensuite ce qu’ils ont vu en vrai. U porn en fait partie. Pour une raison étrange, là où nous savons tous que ce qui se passe dans un film est, généralement, une exagération de ce qui nous arrive dans la vie, en matière de sexe il semblerait que certains, ne voyant ni fée ni monstres à l’écran, supposent que ce qu’ils voient est un exemple à suivre. Ou pire, un idéal à atteindre. Peut-être est-ce la nudité qui, du fait du peu d’artifices qu’elle suppose, trompe ces mimes Marceau en leur laissant penser que les gestes filmés, comme les corps, seraient bien naturels. Ou peut-être est-ce le manque d’expérience des spectateurs premiers de ce genre de films qui les empêchent de voir qu’il s’agit d’une exagération. Non d’une reproduction fidèle des rapports sexuels. Le problème devient manifeste quand le dit novice calque ses ébats sur ce modèle factice et tâche de répéter la chorégraphie pornographique que le film indiquait. Pour le dire sans secret, quand il suppose qu’un rapport sexuel doit se finir par une douche d’urine (la fameuse Golden Shower), que toutes les femmes aiment qu’on les insulte et les prennent en levrette, qu’une fellation bien faite implique que son/sa partenaire aille aussi vite qu’un lapin Duracel et avale à la fin, j’en passe et des meilleurs. Et l’école U Porn compte plus d’un diplômé. Si le fléau est connu et les blagues à son sujet faciles, la chose pose deux problèmes.

Le premier vient du fait que si ces scénarios peuvent être plaisants à regarder pour certains, ils ne le sont pas toujours à vivre. Voir un homme se répandre sur le visage d’une femme peut sûrement en exciter plus d’un par désir transgressif mais la répétition effective ne garantie pas le même plaisir. Or, plutôt que d’écouter leurs besoins et leurs envies, certain(e)s préfèrent se fondre dans la peau de leur héro de porno préféré pour être sûrs de bien faire. C’est ne pas connaitre la règle d’or du cul ; n’écoute que ton plaisir, c’est-à-dire le tien et celui de ton/ta partenaire (l’un dépendant de l’autre).

Le second problème, moins souligné encore, c’est la réaction courante de celui/celle qui subit ce remake. Loin de tirer la sonnette d’alarme en hurlant à la contrefaçon, nombreux sont ceux qui préfèrent se taire et attendre que la scène se termine (« coupez ! c’est dans la boîte ») plutôt que d’aider leur comédien à voir leur erreur. Pour lutter contre la mimésis certains suggèrent alors de censurer U Porn. Ou de proposer des films plus ressemblants et vraisemblables pour aider les puceaux à savoir s’y prendre. Certes, mais c’est là encore oublier que le sexe n’a rien d’un cours de maths dont l’élève devrait apprendre les règles seul pour les appliquer ensuite mais qu’il s’agit d’un acte commun dont les principes découlent de la pratique. Et de son partenaire. Qu’il n’y a donc pas meilleur pédagogue que celui avec qui on apprend. Et pas meilleur guide que son plaisir. On y revient. Bref, que dans U Porn, il y a porn, mais il y a surtout U. Vous.