Mode

Comic Book

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Alors que la rentrée littéraire bat son plein, un OVNI vient d’atterrir sur le sol des librairies. Ni roman ni essai, aussi succulent que les meilleurs aphorismes d’Oscar Wilde et aussi fashion qu’Anna Wintour, le livre de Loïc Prigent est un bijou.  Et le titre à lui seul nous donne le programme ; J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste.

 Prigent

C’est qui ? 

Loïc Prigent d’abord, que tous les gens de la mode connaissent mais que le grand public connaît moins. Et pour cause, car si c’est l’un des plus grands journalistes du milieu, l’homme derrière la réalisation de la fameuse série de Mlle Agnès, Habillés pour…, la voix qui chaque saison épingle les personnalités de la mode avec ironie et piquant, il préférait jusque là rester derrière la caméra. Et derrière l’écran de son smartphone duquel il tweetait, des coulisses des défilés, les plus belles phrases entendues alentour. Sa discrétion est une arme, autant que son esprit, puisqu’ils lui ont permis de collecter les confidences et réflexions profondes des animaux de ce zoo si particulier. Pendant des années, il a ainsi enflammé la tweetosphère et les réseaux sociaux qui n’attendaient qu’une chose ; qu’il compile l’ensemble dans un livre. C’est chose faite avec J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste.

C’est quoi ?

Concrètement, ce sont des tweets, des phrases réduites de 140 signes donc, ou des gazouillis modeux reprenant les phrases glanées çà et là le long des catwalks et des soirées branchées. Littéralement, ce sont surtout des formules à mourir de rire où le superficiel le dispute à l’absurde. Car au premier rang des défilés, ça parle moins Kant et Hegel que régime et Ruinart. Outre la préface de Mister Prigent himself, ces milliers de citations hilarantes se suivent sur trois saisons (de 2013 à 2016) comme un long discours philosophique sur les splendeurs et misères de la mode. D’ailleurs, c’est tellement savoureux que la reine Catherine Deneuve a accepté de les lire face caméra pour une micro-série diffusée sur Arte du 26 septembre au 7 octobre à 19h40.

 Catherine Deneuve

C’est comment ? 

À mourir de rire, impitoyable pour cet univers parfois trop pitoyable de la fashion, mais jamais vraiment méchant, cruellement rafraichissant. A les lire, on s’imagine très bien les attachées de presse et journalistes surexcitées ou absolument blasées, clopes au bec ou portables en main, disserter sur la vie et les vêtements et prendre le dernier régime pour un sujet de politique international. Et c’est tout le théâtre de la mode, toute sa légèreté et sa grâce qui s’animent sous nos yeux.

Un régal dont on vous donne un avant-goût : 

«  – Elle a fait quoi comme école de journalisme ?   L’institut Pomme C Pomme V ».

« Ca te va bien mais t’as grossi »

« Si je lisais des livres je lirais ce livre. » (A propos de Merci pour ce moment)

« Il est où l’émoticône Chanel ? »

« C’était parfait. Mais c’était rien. »

« N’avoue jamais que tu l’as trompé ni que c’est du Zara. »

« Sa hype est vite retombée. J’espère qu’il a pas largué ses vrais amis entre-temps. »

« Regarde ! Un mannequin qui mange ! Filme-la ! »

« C’est un dandy. Il porte des chaussettes pieds nus. »

« Anna m’a souri chez Chanel. »

« On a prototypé un sac sublime. Maintenant il faut qu’il s’ouvre. Les ateliers cherchent une solution. »

« Il est DRH. Il joue à Tétris mais avec des gens. »

« Elle a rayé son Birkin beige le premier jour. Verdun ».

 Front row