Mode

Les Grands Couturiers – Elsa Schiaparelli

 Elsa- Schiaparelli

Figure incontournable de la mode Parisienne des années 1930-1940, et grande rivale de Coco Chanel, Elsa Schiaparelli a marqué la mode par son modernisme, son style et ses créations intemporelles. Alors qu’elle décide de fermer sa maison de couture 1954, prenant le risque de l’oubli, le groupe propriétaire de Tod’s la fait renaître en 2012 ravivant ainsi la légende. Portrait

 

Rome, Palazzo Corsini, 1890. C’est dans ce somptueux palais, l’un des plus beaux de la ville éternelle, acquis par le Cardinal Corsini en 1736, que née Elsa Schiaparelli. Fille d’une aristocrate napolitaine et de l’intellectuel Orientaliste Celestino Schiaparelli, Elsa évolue dans un milieu aisé, et très éclairé. Après des études de philosophie, elle quitte Rome pour Londres en 1910 où elle rencontre et épouse le comte Wilhelm de Wendt de Kerlor. Le couple Elsa, Wilhelm vit d’abord à Londres mais doit quitter le Royaume-Uni en 1915, Wilhelm ayant été accusé d’être “diseur de bonne aventure”, activité illégale à l’époque. Ils débarquent aux Etats-Unis en 1916, où le couple est vite surveillé par le Bureau of Investigation, l’ancêtre du FBI qui soupçonne Wilhelm d’entretenir des relations avec les réseaux bolchéviques (à cette époque en 1917, la révolution Russe fait tomber le régime des Tsars). L’entente du couple Elsa et Wilhelm s’effrite rapidement,à tel point que quelques mois seulement après la naissance de leur fille en 1920 (Maria Luisa qui plus tard épousera le Diplomate américain Robert Berenson, père de la sublime Marisa Berenson, mannequin, comédienne, et égérie du style) Elsa quitte le domicile conjugal. Le divorce est finalement prononcé en 1924. C’est à cette période que commence l’Histoire de Elsa Schiaparelli, avec un grand H, celle qui va la faire rentrer dans la légende de la mode. De retour à Paris, elle ouvre en 1927 une boutique “Pour le Sport” où elle vend des pulls avec gros noeuds et des motifs en trompe-l’oeil qui vont faire sa fortune.  Vite repérés par le monde de la mode, le journal américain Vogue qualifie ces créations de “chef-d’oeuvre”. Forte de ce succès, Elsa en profite pour développer sa maison de couture, et déménage Place Vendôme dans les anciens ateliers de la maison Cheruit. C’est le début de la gloire. Très ancrée dans son époque, Elsa se lie d’amitié avec les cercles d’artistes surréalistes comme Salvador Dali et André Breton. Elle imprègne ses collections de cet art du détournement (comme par exemple le très iconique chapeau chaussure) et collabore avec ces artistes de génie qui créent pour elle des tissus, des motifs, des objets… La maison Schiaparelli s’exporte hors de France et devient vite l’un des symboles les plus emblématiques de la mode parisienne. Aux Etats-Unis, le magazine TIME lui offre la consécration en la classant en 1934 parmi les créateurs les plus à la pointe de la Haute-Couture et coiffe au poteau sa grande rivale, Coco Chanel, que le magazine ne classe qu’en 2ème catégorie. En 1936 et 1937, la maison Schiaparelli laisse deux empreintes indélébiles dans l’univers de la mode et du style : avec le lancement du parfum “Shocking” d’abord puis avec la création du fameux “Rose Shocking” qui deviendra la couleur phare de la maison.

Dans les années 1940, elle quitte Paris pour New-York fuyant la montée du nazisme et laisse la gestion de la maison de couture à l’un de ses salariés. De retour aux manettes après la guerre, elle peine à retrouver le souffle de génie qui avait fait son succès et, face à des difficultés financières importantes, préfère fermer la maison de couture en 1954. Près de 60 ans plus tard, les références à Elsa Schiaparelli sont nombreuses et beaucoup se reconnaissent de son style riche, fantasque et très élégant. Souhaitons à la nouvelle Maison Schiaparelli le même succès …

La semaine prochaine, autre portrait de femme, autre grande couturière de génie : Madeleine Vionnet, reine du plissé, qui renaît aussi à Paris depuis quelques années.

A suivre

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