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Interview 10 minutes AVEC… Alexis Mabille (créateur de la marque Alexis Mabille)

 Interview 10 minutes AVEC… Alexis Mabille (créateur de la marque Alexis Mabille) Delphine Michalak

Découvrez le parcours d’Alexis Mabille, designer de Prêt-à-Porter et de Haute Couture, de ses débuts familiaux à Lyon, jusqu’au lancement de sa propre marque éponyme il y a plus de 10 ans à Paris.

Alexis grandit dans le milieu éclairé de la bourgeoisie Lyonnaise, qui trouve parmi ses ancêtres des industriels du textile, qui firent faillite comme beaucoup au cours du 19ème siècle. Dès l’enfance il se passionne pour le dessin, qu’il perfectionne aux côtés d’un oncle et d’une tante, tous deux architectes d’intérieur et décorateurs, et grands amateurs d’art. Son oncle lui faisait même copier des oeuvres de Bronzino, ou du Titien (qui comptent parmi les plus grands peintres de la Renaissance Italienne, ndlr). Ils sont proches des Zazous, et amis d’artistes comme Bernard Buffet ou César. Chez eux, le jeune Alexis éveille et affine son oeil pour les belles choses et le monde de l’art. Mais c’est au service du vêtement et du costume qu’il va rapidement utiliser ses talents pour le dessin. Soutenu par sa mère, qui l’encourage dès le départ dans toutes ses idées créatives –  et qui continuera par la suite – il dessine dès l’âge de 7-8 ans ses premiers vêtements, et réalise à l’âge de 12 ans une collection de caleçons pour hommes à partir de tissus d’ameublement. Il élargit rapidement son champs d’expression en dessinant et réalisant des costumes de théâtre pour l’école, et vers 16-17 ans, il monte une activité lucrative de création de décors pour des mariages.

Drawing Couture Today

Une photo publiée par Alexis Mabille (@alexismabille) le

Le Bac en poche, c’est très naturellement vers une école de mode qu’il s’oriente, et pas n’importe laquelle : il intègre la prestigieuse École de la Chambre Syndicale de la Couture, le saint-graal en France. A sa sortie, il fait quelques stages chez Nina Ricci, et Ungaro, mais c’est chez Dior, qu’il commence sa vie professionnelle. Dès sa première semaine, c’est le baptême du feu : alors qu’il est en réunion face au créateur star de l’époque, John Galliano (alors en charge de la couture et du prêt-à-porter femmes), Alexis, parlant assez mal anglais, se sent obligé de répondre “Yes” à toutes les demandes du créateur…. qui l’embauche dans la foulée. Il y passera 10 ans sur le segment des collections de bijoux et accessoires. Il y vivra l’apogée puis la fin de John Galliano, et côté homme, l’émergence puis l’avènement du style Hedi Slimane qui marque encore aujourd’hui les codes de la mode masculine.

WORK IN PROGRESS

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Et puis un jour – il y a un peu plus de 10 ans, comme souvent chez les gens qui se sentent l’âme de faire quelque chose, il est temps de partir pour aller voir si l’herbe n’est pas plus verte à côté. Cet à côté, c’est le monde de l’entrepreneuriat, de l’indépendance, de la liberté. Et c’est vers ce monde que s’envole le jeune Alexis. Aidé par sa mère, qui confirme alors son soutien indéfectible, il monte une structure, sa propre marque, sous son propre nom. Il se met à sa première collection au mois d’août 2005 et en octobre il la présente pendant la Fashion Week de Paris PAP (prêt-à-porter). Il lance une ligne Unisex, qui mélange au sein de la même collection des pièces pour hommes et pour femmes, avec des lignes parfois communes aux deux sexes.

Inside of a couture skirt

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 Alexis Mabille Backstage

En 2008, il fait son premier défilé femmes (avec toujours quelques modèles hommes) , c’est l’épreuve du feu, d’autant plus qu’il choisi le calendrier de la très exigeante Haute Couture pour se lancer. C’est un choix audacieux voire osé car il y présente une collection prêt-à-porter. 15 minutes avant le show la salle est vide… mais le lendemain le WWD – Women’s Wear Daily – journal qui fait office de bible dans le monde de la mode –  lui consacre sa Une (bien sûr entre temps la salle du défilé s’était remplie).  L’aventure est lancée. En 2011, il clarifie un peu les choses en présentant d’un côté une collection PAP pendant la Fashion Week PAP et une collection Couture pendant la semaine de la Couture.

Sur le prêt-à-porter, Alexis affirme son style et affiche sa volonté de présenter à chaque saison une collection cohérente qui pourrait faire office de garde-robe, même si chaque pièce doit donner envie séparément avec son originalité propre. Sur la Haute-Couture les choses sont différentes. C’est une mode d’exclusivité pour des clientes très exigeantes, habituées aux pièces uniques. La Couture c’est le comble du chic : chaque robe ne sera portée qu’une seule fois… peut-être à peine “quelques fois” pour certaines. Alexis s’y est fait une place durable et s’est constitué une clientèle fidèle, au point même de suivre des jeunes filles de leur enfance jusqu’à leur âge adulte, ou d’habiller parfois des tandems mère et fille.

Au fil des années, Alexis a pu compter sur le soutien amical d’actrices et d’égéries qui l’ont aidé à diffuser son image de marque, en France et à l’étranger. Parmi les fidèles, on compte aussi bien l’actrice Bérénice Béjo, que la mannequin Audrey Marnay (retrouvez ici son parcours sur Vloggist.fr) ou encore la danseuse néo-burlesque Dita von Teese. C’est dire si le spectre de la “femme Alexis Mabille” est large et universel ! Il leur a d’ailleurs rendu hommage dans un livre sorti en 2016 qui mettait en scène toutes ses muses et inspirations dans des robes Alexis Mabille (le livre est sorti pendant la semaine de la Couture : plus d’infos sur le lien ici)

Très entreprenant, Alexis Mabille – dont la société compte aujourd’hui 30 salariés, 2 boutiques à Paris et une quarantaine de points de vente dans le monde – continue de développer sa maison. Depuis quelques années, son frère, qui travaillait dans la finance, a rejoint l’aventure familiale et s’occupe de la stratégie et de la gestion aux côtés de sa mère qui travaille en grande partie sur les relations avec les fournisseurs. Ils ont lancés en décembre un nouveau concept de boutique de robes “prêtes à mariées” : des robes de mariées, en prêt-à-porter.

Alexis continue néanmoins des projets plus personnels en parallèle qui lui tiennent à coeur, comme par exemple la réalisation de costumes de théâtres et opéras pour des mises en scène du génial Robert Carsen.

Autant dire que les 10 ou 20 prochaines années risquent d’être encore bien remplies pour Alexis !

Alors Alexis, qu’est ce que tu nous racontes ? /

 

Ton style en 3 mots (de ta marque) ? Frivolité, coloré, libéré

Tes sources d’inspiration en ce moment ?  Tout et n’importe quoi ! Je déteste cette question…

La tendance que tu aurais aimé lancer ? La Mini-Jupe

La tendance que tu aurais aimé empêcher ? Les crocs

Tes objets fétiches ? Je n’en n’ai pas …. Ou alors peut-être mon chat

Ton créateur de mode préféré ? Christian Lacroix

Ton adresse préférée ? Les puces de Vanves

Ton havre de paix ? Chez moi !

Ton truc en plus ? Mon sourire et mes belles dents (je confirme, ndlr)

Et enfin, ton conseil pour la suite ? Se faire plaisir !

Merci Alexis !