Mode

Interview 10 minutes AVEC… Camille Miceli (Louis Vuitton)

 Camille Miceli

On dit souvent que la vie est une histoire de circonstances, de rencontres, de timing. Encore faut-il en être à la hauteur. Baignée dans le monde de la mode et l’art dès son enfance, avec une mère rédactrice de mode et un père photographe et éditeur de livres d’art, Camille Miceli croise César, Arman, Alaïa, Guy Bourdin. Alors que le Bac est encore loin, et que l’idée de rejoindre la fac ne l’amuse guère, à 17 ans à peine, elle passe 6 mois en stage chez Azzedine Alaïa. Elle y fait un peu tout ce qu’on peut faire faire une stagiaire, mais pas n’importe comment. Réputé très exigeant, elle apprend chez Alaïa, le goût du détail et cette obsession de la rigueur qui peut virer à l’intransigeance.

En 1989, le Bac en poche, un coup de téléphone providentiel aura raison de son parcours. C’est Marie-Louise de Clermont-Tonnerre, qui officie chez Chanel comme directrice des relations presse qui l’appelle pour lui proposer un petit boulot “coller des coupures de presse”. Alors que l’expérience ne devait durer que quelques mois, l’équipe Chanel tombe sous le charme de Camille et l’aventure dure 7 ans. Entre le service presse, le studio, et la production de défilés, Camille trouve facilement ses marques, et peut compter sur l’amitié bienveillante de Victoire de Castellane, alors jeune créatrice des accessoires, et de son oncle Gilles Dufour, directeur du studio. Elle démarre ainsi les années 90 à un moment décisif de la mode qui voit l’émergence de Prada et où Karl Lagerfeld, arrivé en 1983 chez Chanel, impose son style, sa vision, et son intelligence bien au-delà même de la rue Cambon.

En 1997, elle a vent du projet de la maison Louis Vuitton de lancer une ligne de prêt-à-porter avec Marc Jacobs à sa tête. C’est Naomi Campbell, qu’elle a connu quelques années plus tôt, au moment où émergeait cette génération Top Model, qui lui propose de lui présenter Marc Jacobs. Une rencontre décisive pour Camille. Coup de foudre mutuel, Marc l’embarque dans l’aventure Louis Vuitton sur un poste communication, et production de défilés. Elle participe avec lui à la définition de la “femme Louis Vuitton”, alors que la maison au monogramme n’avait jusque là vendu que de la maroquinerie. Nourrie par ses années avec Karl Lagerfeld elle insuffle un vent de grandiose dans la conception des défilés et des supports de presse. An 2000, elle ne fait pas de bug, mais un enfant : un moment qui change la vie d’une femme, suffisamment en tout cas pour pousser Camille à s’éloigner du tourbillon des défilés. Et c’est à ce moment là que Marc Jacobs lui offre la chance de sa vie : plus conscient qu’elle encore de sa capacité créative, il lui propose de dessiner une paire de boucles d’oreilles. Ça sera une paire de créoles, qui sera présentée dans le défilé, et très vite un énorme succès. C’est comme ça qu’elle commence ce qui sera désormais son activité : créatrice de lignes d’accessoires, et bijoux “fantaisie” (bien qu’elle n’aime pas ce terme). Elle passe 12 ans en tout chez Louis Vuitton avec Marc Jacobs, dont 9 à la tête du département accessoires qu’elle a créé. En 2008, Delphine Arnault, devient Directrice Générale Adjointe de Dior, et propose à Camille de venir créer un département comparable à celui qu’elle a monté chez Louis Vuitton. Elle y arrive en 2009 et y restera 4 ans. Elle y connaîtra un succès fou avec plusieurs produits iconiques comme les fameuses Boucles d’oreille “Tribal” qui sont encore aujourd’hui un best-seller. 2013, nouveau départ, très symbolique : son ami Nicolas Ghesquière avec qui elle voulait collaborer depuis longtemps remplace Marc Jacobs à la tête de Louis Vuitton et lui propose de revenir avec cette fois-ci un périmètre bien plus large que celui qu’elle occupait 13 ans avant. Elle devient directrice de création en charge des accessoires, ceintures, bijoux et textile (foulards..). Elle retrouve une maison qui a beaucoup changé, beaucoup grossi, fort de son succès. Elle profite de son nouveau périmètre pour élargir son champ créatif, développe une approche très industrielle, très “bold”, faite de métal, or, argent mélangé… Pour notre (votre) plus grand plaisir.

Alors Camille, qu’est-ce que tu nous racontes ?

Ton style en 3 mots ? : éclectique, voyageur, qui ne passe pas inaperçu

Tes sources d’inspiration en ce moment ? : tout ce qui est visuel. L’art, autant contemporain que classique. Je suis très inspirée par ce que vois, ça peut être lors d’une promenade dans Paris, une ballade en forêt.

La tendance que tu aurais aimée lancer ?: Je ne crois pas aux tendances… Pour moi chacun doit s’approprier la mode à sa façon  

La tendance que tu aurais aimée empêcher ? le Total Look

Tes objets fétiches ? : Ma collection de souliers. Les boucles d’oreille Tribal Dior (créées par Camille Miceli, ndlr). Ma collection de lampes Giani Sarfatti.

Tes créateurs de mode préférés ? : Azzedine Alaia, Nicolas Ghesquière, Rei Kawakubo (fondatrice de la marque Comme Des Garçons)

Ton adresse mode préférée ? : Dover Street Market (magasin multi marques à Londres, Ginza, New-York, Pekin, ndlr)

Ton havre de paix ? : chez moi !

Ton truc en plus ? : l’insouciance et la spontanéité

En enfin, ton conseil pour la suite ? : Profitez du moment présent !

Merci Camille.

 Camille Miceli et François Pignol