Mode

Interview – 10 Minutes avec …. Ingrid Brochard (Panoply)

 Ingrid Brochard

C’est l’histoire d’une super nana qui a très vite considéré que la vie était trop longue pour ne pas en faire beaucoup de choses. Cette nana c’est Ingrid Brochard, fondatrice du site Panoplycity.com. Portrait

Un peu comme dans un film de Tarantino, les épisodes de la vie d’Ingrid Brochard s’enchaînent sans forcément se ressembler. Leur point commun : aller au bout des choses, et peu importe si ça implique de changer de vie à chaque fois. A 16 ans, le bac en poche, Ingrid part vivre un an aux Etats-Unis puis un an en Espagne. On est encore (un peu) loin de l’apogée de l’Erasmus pour tous, c’est dire son goût du large. A son retour elle s’inscrit dans une école de commerce international et en profite pour… partir loin. Ça sera Hong-Kong. Nous sommes en 1993, la Chine n’a pas encore connu l’essor économique fulgurant des deux décennies qui vont suivre et Shanghai n’est pas encore totalement sorti de terre. Elle y fera deux stages (en parallèle) qui décideront du premier épisode de sa vie. Passionnée dès l’enfance par l’univers du parfums et du soin – elle voulait devenir “nez”- elle fait ses stages chez The Body Shop et à côté chez une société de trading d’objets promotionnels (les fameux petits cadeaux que l’on reçoit en achetant un magazine par exemple). En récompense de ses bons et loyaux services, ses boss lui offrent un voyage pour aller au salon du cosmétique à Taiwan. Elle en ressort avec la volonté de monter un business : la création de lignes de produits cosmétiques pour des marques de distribution. Elevée dans un environnement qui favorise la culture d’entreprise, elle monte sa première entreprise à 19 ans. Après plusieurs années de succès commercial – elle fournit des gammes de produits à des grands de la distribution comme TATI – elle s’inquiète des conditions de travail des ouvriers dans les usines sous-traitantes et propose à son principal fournisseur de reverser aux salariés les gains qu’elle arrive à négocier avec ses clients. Au pays de l’argent fou et du libéralisme sans borne, celui ci lui rétorque “Ingrid, It’s time for you to stop making business”.

C’est ainsi que s’ouvre le nouvel épisode de sa vie. Alors qu’elle n’a pas forcément reçu d’éducation artistique très poussée dans son enfance, elle se forge avec le temps un goût prononcé pour l’art contemporain. Et tout comme elle a monté sa société cosmétiques à 19 ans, elle lance quelques années après un magazine dédié à l’art contemporain “Be Contemporary” et produit des capsules pour la chaîne Direct 8. Un an plus tard, la mort d’un proche la pousse à prendre le large pendant deux mois en rejoignant une expédition dans l’Antarctique. A son retour, elle initie le troisième épisode de sa vie. Forte de ses connexions dans le monde des artistes et des galeristes, elle lance le “Musée Mobile” ou MUMO avec la volonté de rendre accessible l’art contemporain aux populations reculées, géographiquement et, ou, socialement. Créé il y a 6 ans maintenant,  ce camion mobile transporte des oeuvres originales d’artistes internationaux comme Daniel Buren ou James Turrell et s’est posé devant des lycées et écoles un peu partout en France, mais aussi en Afrique, en Espagne et en Belgique.  Soutenu par l’Etat et les FRAC (Fonds régionaux d’Art Contemporain) son action a valu à Ingrid d’être décorée Chevalier dans l’Ordre National du Mérite et Chevalier des Arts et des Lettres. Mais comme l’histoire ne pouvait pas s’arrêter là, Ingrid a ouvert il y a 1 an un nouvel épisode de sa vie. Invitée à une table ronde sur l’avenir de la mode en 2030, elle a l’intime conviction que les magasins deviendront des immenses pressings et que le désir de possession cédera peu peu sa place à celui de l’expérience que l’on se fait autour du vêtement. C’est comme cela que née l’idée de Panoply. Le principe est simple : contre un abonnement mensuel, l’utilisatrice aura accès à plusieurs pièces de jeunes créateurs et de maisons de mode déjà très établies et ce pour une durée maximum d’une semaine par vêtement. Le site qui sera officiellement ouvert  début octobre, proposera un vaste choix issus de prestigieuses maisons parmi lesquelles Alexis Mabille, Red Valentino, Courrèges, Marc Jacobs, Kenzo, Sonia Rykiel, See by Chloé et de créateurs dans le vent comme Vanessa Seward, Olympia Le Tan, Markus Lupfer et beaucoup d’autres. Et parce que l’aventure ne serait pas drôle si elle n’était pas soutenue par d’autres supers nanas.. Ingrid pourra compter sur le soutien amical de plusieurs “Influenceuses” influentes comme Samar (Une Libanaise à Paris), Kenza (La Revue de Kenza), India (India’s Insights)  qui sont toutes les égéries de… la chaîne Vloggist sur YouTube. La boucle est bouclée…

Rendez-vous début octobre sur www.panoplycity.com !

 Panoplycity.com

Alors Ingrid qu’est ce que tu nous racontes ?

Ton style en 3 mots ? 

Le style c’est avant tout lié à notre identité, cela laisse transparaître notre univers.Mon style à moi , c’est plutôt Minimaliste, Chic, et Inattendu.

Tes sources d’inspiration en ce moment ?

L’art encore et toujours: Louise Bourgeois «  Art is a guarantee of sanity ».Je l’ai rencontrée à NY chez elle, un souvenir indélébile , une vraie rencontre. Ces œuvres m’ont faites trembler, ressusciter ! James Turrell une vraie expérience ses œuvres, je suis allée lui rendre visite à Flagstaff dans son cratère !

Ma Musique du moment:, Folk, Nathaniel Rateliff & the night sweats, I need never get old

Mes Films fétiches : L’homme qui aimait les femmes de Truffaut, Only lovers left alive ( Jim Jarmush). En littérature : Foucault «  le courage de la vérité », son dernier cours au collège de France.

La tendance que tu aurais aimé lancer ?

Le smoking pour femmes. C’est classe et sexy . J’aime le côté masculin transposé au féminin. Je citerai Yves Saint Laurent : « Le smoking (créé pour les femmes) a été pour moi l’occasion de donner le pouvoir aux femmes en leur offrant ce costume d’homme si symbolique. » Je pense à Charlotte Rampling et Helmut Newton.

 La tendance que tu aurais aimé empêcher ? Le legging. No comment !

Ton objet fétiche ? Mon collier Codognato, évocation au Memento-Mori.

Joaillier à Venise de père en fils depuis 1866 . Les membres des familles royales russes, anglais et italiens, ainsi que les danseurs célèbres, peintres et écrivains comme Serge Diaghilev, Auguste Renoir, Eugène Boudin, Edouard Manet, Whistler, Paul Morand, Luchino Visconti et Jean Cocteau, fréquentaient et étaient clients de sa boutique.

Ton créateur de mode préféré ? Sacai, pour mon côté inattendu – 😉

Je me sens futuriste dans ses créations, comme si j’étais à Tokyo en vivant à Paris

Ton adresse mode préférée ? Panoplycity.com, parce que renting is the new black

Ton havre de paix ? Pour un week-end Chez moi La Calmeleterie ma maison en Touraine. Pour les vacances Chiaia di Luna sur l’île de Ponza au large de Rome. Pour un break l’antarctique, je suis partie 2 mois faire une expédition sur le continent blanc, j’ai rencontré le bruit du silence !

Ton truc en plus ? Ma spontanéité

En enfin, ton conseil pour la suite ?: Rester contemporain. Croire en ses idées, que tout est possible, les choses ne bougent que si l’on rêve.

Merci Ingrid !

 Ingrid Brochard et François Pignol