Mode

Ma-ma-marni !

L’histoire d’un succès flamboyant 

Parfois les choses s’imposent comme une évidence. Ainsi va la maison Marni. Créée il y a 22 ans seulement, ses imprimés colorés et ses silhouettes structurées dont les superpositions, loin d’enfouir la femme, la révèlent, se sont faits une place au premier rang du monde de la mode. Et avec elle sa créatrice et directrice artistique, Consuelo Castiglioni, qui vient d’annoncer qu’elle se retirait après 24 années de création pour laisser les rênes à Francesco Risso, jeune designer italien passé chez Prada. Retour sur une maison pas comme les autres.

De l’amour au business, Consuelo Castiglioni, femme de passions. 

Si Consuelo Castiglioni a toujours été attirée par la mode, au point de quitter sa Suisse natale pour s’installer à Milan et y travailler comme consultante de mode, elle n’avait sûrement pas imaginé que l’amour lui permettrait de fonder sa maison. En effet, ce n’est pas en empruntant le classique parcours des aficionados du tissu qu’elle a accédé à son rêve, mais en épousant à 25 ans Gianni Castiglioni, l’héritier de la marque Ciwifurs, grand confectionneur de fourrures italien. Loin de se douter du chemin qu’elle prenait, c’est au début pour relancer la marque, alors en perte de vitesse du fait de la lutte féroce que menait l’association PETA contre les manteaux à poils et du peu de notoriété dont ces derniers jouissaient, qu’elle se lance en 1992. Parce qu’elle décide de traiter la fourrure comme un tissu, qu’elle la mêle à des matières nobles (soie, broderies) et à une infinie gamme de couleurs (qui deviendra sa marque de fabrique), la collection est un succès. Le premier d’une longue série. Deux plus tard, en 1994, la maison Marni est fondée, empruntant son nom au diminutif du prénom de sa sœur Marina.

 Consuelo Castiglioni

Un succès immédiat. Et prolongé.

Avec ses couleurs par milliers qu’elle marie sans jamais se louper, ses superpositions élégantes et modernes, ses imprimés uniques aussi chics que précieux, Marni révolutionne le prêt-à-porter de luxe et s’impose rapidement comme une référence incontournable. Inimitable. Structurés, audacieux, colorés sans être tapageurs, résolument modernes, ses vêtements séduisent la planète entière. En 2000, elle ouvre sa première boutique londonienne et dès 2002 lance, en plus de la collection prêt-à-porter pour femme, une ligne homme ; Marni Men. Une ligne enfants et accessoires suivront, puis une ligne de baskets en 2005, conçue en collaboration avec la société japonaise Kamei Proact Corporation. En 2012, c’est la consécration; H&M vient la trouver pour lui proposer une collaboration, la plaçant de facto au même niveau que ses prédécesseurs, Lagerfled, Cavalli, Lavin, Rykiel…

 Marni for H&M
 Marni for H&M

En près de 20 ans donc, elle aura su se faire une place à part dans l’univers impitoyable du luxe et séduire l’une des plus grandes marques de prêt-à-porter mondial. Parler à l’amoureuse du luxe comme à la moins fortunée modeuse, remettre la couleur au goût du jour et offrir à la femme d’aujourd’hui une garde-robe qui lui ressemble ; sûre d’elle, affranchie et moderne. C’est d’ailleurs bien cette image que la première campagne de la marque, lancée il y a un an seulement, affichait dans le monde entier.

Un héritage 

En annonçant il y a une semaine son départ, motivé par sa volonté de se concentrer sur sa vie privée, Consuelo Castiglioni affirmait une fois encore sa liberté. Et c’est sans surprise qu’elle a choisit de passer le relai à un jeune designer, Francesco Risso, plutôt qu’à une personnalité déjà connue du milieu. S’il reprend une maison à l’assise et à la renommée solides, Risso hérite aussi d’une marque qui a su se renouveler et innover d’année en année. C’est à elle qu’on doit le come back de la fourrure, loin des sentiers bourgeois qu’elle empruntait naguère. A elle aussi l’explosion de couleurs, la mode des superpositions ou la tendance urbain chic. A elle enfin qu’on doit les sacs et accessoires aux formes radicales et au style unique que s’arrachent les plus stylées et copient les enseignes de la grande distribution. C’est un défi de taille que le jeune italien va devoir relever. A l’image de la femme qui se l’est lancé la première il y a 24 ans.

 Amber Valletta et Lou Doillon, amoureuses de Marni