Mode

Really ? Fashion Freaks

 Really ? Fashion Freaks

Les adorables petits monstres de la fashion Week. 

Alors que la fashion week de Paris approche à grands pas, les rues de la capitale commencent à se remplir de sa faune si particulière. Mannequins perdues, journalistes impatients, assistants stylistes extenués après dix nuits blanches, célébrités déjà arrivées, ne manque plus qu’Anna Wintour. La liste ne serait toutefois pas complète si l’on omettait les fashion freaks. Vous ne pouvez pas les louper, leurs looks hors du commun plus proches du déguisement (boule disco, tableaux renaissance en mouvement, silhouettes gotiques à percings) les rendent aussi visibles que la lumière d’un phare en pleine nuit. Journalistes déjantées, stylistes en herbe, blogueurs en quête de gloire ou simples wannabes, ils attendent devant les défilés (parfois sans jamais y rentrer) et n’aspirent qu’à se faire remarquer. Et leur arme est leur style qu’ils affichent comme leur carte d’identité au contrôle de la douane.

Anna Dello Russo, Tavi Gevinson, mais aussi d’autres anonymes font chaque année la joie des photographes et le drame des daltoniens. Redoublant d’imagination et de folie, les fashion freaks sont souvent moins habillés que déguisés, misant tout sur la couleur, la provocation et les superpositions  pour nous montrer leurs super pouvoirs. L’occasion pour ceux auxquels les podiums sont interdits d’assister à un show bien particulier et de voir ce que la mode peut faire de mieux, et parfois de pire.

 

Le problème, c’est quand le carnaval tourne à la mascarade. Car n’est pas Anna Dello Russo qui veut, et certains, s’y voyant déjà, supposent que le surlook est un gage de style à lui seul. Et finissent, au lieu d’impressionner, par faire tache. D’une part parce qu’à bien y regarder, la fashion week c’est avant tout un lieu de travail pour les gens de la mode, non un bal costumé. Certes, tout le monde s’habille, mais la majorité des gens sont là pour bosser moins que pour se montrer. D’autre part, parce qu’à force de n’attendre que ça toute l’année, les fashion freaks semblent parfois n’avoir pas pu faire de choix et avoir fini par porter tout leur dressing sur eux. Ce qui donne, « vestimentairement » parlant, une sorte de brouhaha de tissus et de couleurs, d’accessoires en tous genres et de messages contradictoires. Enfin, parce que la mode n’est pas seulement affaire de vêtements mais tient aussi beaucoup à l’attitude. Et que l’attente, portable en main et sourire proscrit, ça n’est pas très glamour.

Alors, really les fashion freaks ? Oui, mais à condition d’en rire, de ne pas trop se prendre au sérieux, de ne pas mettre la charrue avant les bœufs en se prenant pour Saint-Laurent qui rappelait, justement, que « Sans élégance de cœur, il n’ y a pas d’élégance».

 Tavi Gevinson