Mode

Tendances été 2017 : Interview de Bénédicte Fabien (bureau de tendances) au Who’s Next

 Tendances printemps/ été 17, Who's Next, Bureau de tendances : Martine Leherpeur Conseil

On s’est retrouvé hier avec Bénédicte Fabien au salon Who’s Next, pour faire un voyage dans les futures tendances de l’été 2017, tel des cartes visionnaires, on découvre le jeu mode de l’été prochain. Mais aussi comprendre comment une tendance se crée et quel est le rôle d’un bureau de tendances ?

Bénédicte Fabien, directrice de la prospective et des études, « sévit »  au sein du bureau de tendances : Martine Leherpeur Conseil. Elle se définit comme une « marketeuse créative », « snifeuse »  et « éclabousseuse »  de tendances. Interview….

 

 BÉNÉDICTE FABIEN, MARTINE LEHERPEUR CONSEIL

Bénédicte, pouvez vous nous expliquer : qu’est ce qu’un bureau de tendances ?

L’objectif d’un bureau de tendances c’est d’observer ce qu’il se passe, ce qui est en « germe » dans la société, de pouvoir essayer de  définir des grands courants de tendances pour ensuite conseiller des marques. Sur la place parisienne, il faut le savoir, il n’y a pas beaucoup de bureaux de tendances, ils se comptent sur les doigts de la main. Nous, notre spécificité chez Martine Leherpeur c’est que l’on édite pas de cahier de tendances, pour la simple et bonne raison que pour nous la tendance n’a de sens que si elle est passée au filtre d’un ADN de marque.

Comment se créé une tendance ?

La création d’une tendance passe par la compréhension de « signes ». Qu’est ce qui fait sens dans la société ? Comment la société bouge ? De quoi les gens ont ils envie ? Une tendance née d’une observation, de la manière dont les gens évoluent . Ca va dépendre de l’air du temps : de ce qu’il se passe en musique, dans l’art, dans le design, dans le cinéma, il y’a des éléments déclencheurs et notre rôle est de repérer ces éléments, comme des petites pousses vertes, et parfois 3 ou 4 racontent la même histoire et c’est ce que l’on appelle une tendance.

Une fois les tendances identifiées, elles deviennent comme des histoires que l’on décline en éléments concrets : un look global, des formes, des matières, des détails, des gammes  de couleurs, des matières…

Quelles sont les tendances pour l’été 2017 ?

Nous avons observé trois grands courants forts que nous avons appelé les tendances « MANIFESTE ». Car aujourd’hui, nous sommes dans une phase où l’on se pose beaucoup de questions, il se passe beaucoup de choses, nous sommes en début de siècle, on est dans une phase où la planète inquiète. Ces tendances sont lourdes de sens car très optimistes : les nouveaux combos, les nouveaux mondes et les nouveaux genres.

# 1 – LES  « NOUVEAUX COMBOS » : c’est en quelque sorte :  les nouveaux mélanges, les nouvelles combinaisons, la manière dont on va faire cohabiter les différentes cultures, le folklore que l’on va mélanger au « street culture » des grandes capitales. Un espèce de mélange audacieux qui fait des ponts culturels rafraichissants, qui déplace les frontières entre les codes religieux, culturels, musicaux, street.

Pour vous donner un exemple de look : c’est une belle tunique folklorique brodée avec une paire de chaussettes de foot avec  une jolie paire de sneakers et une belle couronne de fleurs.

(Crédits photo : Collier Nach Bijoux, collier ras de cou Caroline Najman, chemise Kilometre.Paris, jupon Rahul N Shikha, manchettes Camille Enrico, Joncs Luma Jewels, Keffieh SEP Jordan)

Les pièces phares sont : la djellaba, les tuniques ethniques ou folkloriques, colorées, brodées portées avec une paire de chaussettes de sport avec une jolie paire de sneakers. On est aussi beaucoup dans le bijou : d’oreille (ex : Cosh Bijoux), le mix entre bijoux modernes et bijoux ethniques.

Les gammes de couleurs sont : très épicées, avec des couleurs chaudes, qui viennent se mélanger à des dorés.

# 2 –  LE NOUVEAU MONDE : la mode a envie d’autre chose en répondant à des problématiques d’environnement. C’est le film « Demain »ce documentaire qui incarne et nous projette vers le vivre autrement, le consommer différemment , et la mode fait partie de ça. Il y a un grand phénomène montant qui s’appelle « FASHION REVOLUTION« , ou plusieurs marques se regroupent , pour que les gens et les marques soient mobilisés, que les consommateurs de mode soient responsabilisés. On commence à consommer responsable. Aujourd’ hui il y a un hashtag qui s’appelle #Whomademyclothes, vous pouvez demander à la marque d’où votre pièce provient.

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(Crédits : Soutien-gorge Collar Swimwear, top Ayni, bague Dominique Denaive, ceinture Industrial Jewellery, pantalon Fade Out Label, collier Emma Cargill)

On est sur les codes du no luxe,  sur cette envie de recycler et de réinventer, je dirais que ce qui est le plus fort c’est le recyclage du denim. Le jean et le coton sont les matières les plus polluantes, donc l’idée de beaucoup de créateurs, comme la marque FADE OUT ou la créatrice Faustine Steinmetz qui a gagné le prix LVMH qui fait une collaboration avec . Elle travaille a partir du denim réutilisé, car ce sont des matières robustes, de travail, qui ne s’usent pas. Le denim patché est la tendance forte de cette saison, et ce qui en découle en termes de couleurs tendances ce sont toutes ces déclinaisons, camaïeux de bleues et de blancs, telles des couleurs usées par les éléments, le soleil, la mer, le sable, la pluie, le temps…

#3 – LE NOUVEAU GENRE : aujourd’hui on rentre dans une phase de la société où on se rend compte aussi que c’est plus seulement bleu pour les garçons et rose pour les filles et qu’il y a une multitudes d’expressions entre l’homme et la femme. Que ça n’est plus clivé comme ça a pu l’être. On se rend compte que certains details (le rose, la dentelle,etc) n’appartiennent pas à la femme, ça appartient à la femme depuis les années 80. Sans revenir à l’époque de la royauté, quand on revient à la période des dandys, de zazous, ce n’était pas tous ces codes à un genre mais à un groupe. La fantaisie revient dans l’univers de l’homme, on le voit dans le milieu du hip hop qui la porte avec virilité.

C’est une explosion, un brouillage des codes masculins/féminins qui se mélangent et jouent sur les ambiguïtés troubles :  le « No genre ». Notre rôle de bureau de tendances,est d’être prospectif, de voir loin mais tout ça se sont des codes qui descendent sur des marques plus commerciales, plus grands publics.

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(Crédits : Chemise Marble & co, montre Rosefield Watches, chaussures Mellow Yellow, pochette Maison Baluchon)

L’homme porte du rose, qui devient le nouveau bleu. Alors ça peut être par petite touche (un sweat, une paire de chaussettes ou de baskets), mais l’idée de virilité évolue, et un homme qui assume du rose n’en n’est-il pas plus viril ? Meme chose pour la femme, qui a t’il de plus chic qu’une silhouette féminine à la décontraction masculine ?

La silhouette :  le bombers satinés ou brodés que l’on va mélanger avec un jean baggy et une paire de baskets et une jolie casquette. Ce sont ces mix qui sont intéressants et qui créent ces jeux d’équilibre entre des touches dites fantaisistes mélangées à des codes plus classiques.

L ’ « immédiateté » a t’elle modifié votre façon de gérer votre travail au quotidien ?

Bien sûr, ça va vite dans l’univers de la consommation de la mode. Il y a ce nouveau système qu’essaie de developper les créateurs, tel que Alessandro Michele, qui permet presque d’acheter en « instantané » une silhouette issue d’un podium. Les choses bougent, et notre rôle, est de faire le tri dans ces flux d’informations incessants, pour ne se perdre, est devenu compliqué pour une marque.

Le principe d’un bureau de tendances c’est d’être extérieur à ça, et regarder la marque avec la distance nécessaire. Comme un personne, il y a le regard que l’on a de soit et le regard que les autres ont de vous. Notre objectif est de trier les informations et de les digérer pour les marques.

Le monde d’aujourd’hui est devenu mouvant, rapide, ouvert et fluctuant. Les frontières bougent, les limites changent, l’information est surabondante, les signes multiples et parfois contradictoires. Il demande à ses acteurs d’interagir, de bouger, de filtrer, d’être différents et riches d’imaginaires, de se ré-inventer constamment.Notre rôle est d’anticiper les changements et d’accompagner les marques face aux évolutions, pour construire une marque forte et une offre identitaire, unique et inscrite dans l’air du temps.

Merci beaucoup Bénédicte.

 Emma Easton, Bénedicte Fabien, Crédits photo : Florie Berger