Mode

Un Week-end « défilé » avec Pierre Cardin, l’Immortel

 Pierre Cardin

Le couturier de 94 ans présentait samedi, dans le Lubéron un défilé de mode « fleuve » comme diraient certains. Ce fut surtout pour moi l’occasion de passer le week-end aux côtés de ce monstre sacré. Récit.


Dans l’avion affrété pour l’événement qui nous emmenait de Roissy à l’aéroport d’Avignon samedi matin, il y avait toute sorte de gens. Des photographes de presse français, en grand nombre, habitués des défilés et événements en tout genre, et toujours prêts à se raconter les bons coups de l’un ou de l’autre. Des journalistes ou reporters étrangers, asiatiques, russes, impatients de voir ou découvrir le grand maître Pierre Cardin. Une Youtubeuse beauté, star dans sa catégorie, pétillante de joie à l’idée d’assister et de commenter son premier défilé de mode. Et moi. Ce n’était pas la première fois que j’allais voir la mode Pierre Cardin ni même rencontrer l’homme.

 Pierre Cardin et Francois Pignol

Au contraire ! Un ami qui a longtemps travaillé à ses côtés me l’avait présenté il y a… 8 ans ! Mais pour la première fois, j’allais pouvoir – et même devoir- en dire quelques mots.  Justement, avant de vous livrer mes émotions de ces moments passés en sa compagnie, je me permets le détour d’une brève introduction sur le personnage. Son nom vous est forcément familier, que vous soyez jeune ou un peu moins, que vous ayez déjà eu un produit griffé de sa marque ou non. Son histoire, déjà largement racontée, est celle d’un fils de propriétaires terriens de Vénétie (Italie du Nord) qui quitte sa région pour rejoindre la France, face aux difficultés de sa famille, à Vichy d’abord puis à Paris. Destiné à une carrière de costumier, il commence très jeune dans le bouillonnant milieu de la mode parisienne et devient même le premier salarié de la maison Christian Dior. Très vite, sa soif d’indépendance et son ambition le poussent à créer sa propre maison. Il s’impose alors comme un couturier moderne, très moderne ; dans ses créations d’abord, fluides, futuristes, aux lignes nettes, précises. Mais aussi dans une certaine vision de ce que doit être une maison de couture de son temps. Il fut le premier ou du moins l’un des principaux artisans de la démocratisation de la mode, en lançant massivement des lignes de prêt- à-porter, pour femmes, mais aussi pour hommes, disponibles dans des boutiques propres et des grands magasins. Sa fortune, il la tient d’une idée assez simple mais pourtant révolutionnaire à son époque – et iconoclaste pour beaucoup : vendre son nom comme une licence. Et des licences, il en a beaucoup ! On l’appelle souvent l’homme aux 800 licences (suscitant des critiques de certains). Pour ma part, sa part de modernité que j’admire le plus et qui est encore à mettre à son crédit de couturier en avance sur son temps, c’est sa capacité à aller là ou personne n’avait encore imaginé. C’est un visionnaire, un rêveur-batisseur. Il fut le premier couturier à aller en Chine et à faire défiler sa mannequin vedette, devenue, directrice de la boutique Couture, l’archi élégante Maryse Gaspard. Il fut le premier à aller en Russie. Il organisa des défilés dans le désert de Gobi, au Mexique, sur la place Rouge, sur un porte avion chinois… Partout le nom de Pierre Cardin estampillait des objets en tout genre, à une époque ou les maisons de mode s’ouvraient lentement au marché globalisé.Ce détour fait, revenons à ce week-end.  Le lieu – Lacoste dans le Lubéron- ne tient en rien au hasard. Cardin y a pris ses quartiers depuis 15 ans, d’abord par l’acquisition du Château de Lacoste, qui fut le château du Marquis de Sade, puis en achetant et achetant des maisons dans le village et des propriétés dans la plaine de Bonnieux en contre-bas.  

 Maison appartenant à Pierre Cardin à Lacoste
 Village de Lacoste
 Chateau Lacoste dans le fond

C’est dans l’un de ces nombreux espaces, que le défilé commença, presque à l’heure. Défilé « fleuve » donc : près de 200 modèles, hommes et femmes, qui pendant 45 minutes nous ont offert un concentré des codes Cardin : fluidité, modernité, qualité des coupes qui tombent parfaitement, structure (je laisserai à d’autres le soin d’en faire un récit « mode » plus complet). A la fin du show, la horde de photographes, déchaînés, le presse de venir saluer. Car dans le fond, c’est aussi, ou peut-être même surtout pour lui qu’ils sont venus : ce pilier au regard profond et à l’allure digne, ce monstre sacré, mi-homme, mi-marque.

Après le show, Cardin s’adonne à un exercice qu’il adore : les interviews et les photos ! Dans le décor dramatique du Château du marquis de Sade, il pose au milieu des modèles sous les hourras et les cris des photographes.

 Défilé Pierre Cardin
 Défilé Pierre Cardin
 Défilé Pierre Cardin
 Défilé Pierre Cardin

Le spectacle fini, nous repartons vers l’une de ses propriétés. Je trouve enfin un moment pour échanger avec lui. Des histoires, il n’en manque pas. Toujours au fait de l’actualité, nous parlons politique. Je le questionne sur l’homme politique qui l’a le plus marqué dans sa vie : sans réfléchir, il répond « Pompidou premier ministre », et d’ajouter « j’ai connu 9 présidents de la République Française, vous savez. Même Vincent Auriol ». L’anecdote m’amuse autant qu’elle m’impressionne. Au fil de sa pensée et de la conversation, il énumère divers événements et rencontres de sa vie : son premier voyage à Pekin, son premier voyage au Japon où il fut attendu par une foule immense, les spectacles qu’il organisé à Paris, à l’Espace Cardin ou ailleurs. Entre deux phrases, il trouve toujours le moment d’envoyer un regard bienveillant.

Dimanche matin, il me questionne au petit-déjeuner sur ma profession. Je tente de lui expliquer les grandes lignes de la publicité digitale et de YouTube, mais je sens qu’il décroche légèrement. J’en oublie presque qu’il a quand même 94 ans et tout de même une mémoire incroyable, capable de se souvenir de toutes les fois que nous nous sommes vus. Après le déjeuner, il nous montre l’état d’avancement de ses derniers travaux dans des appartements du village. Je me demande d’où il tire sa force, son énergie.

En le faisant Académicien, l’Académie des Beaux-des-Arts l’a rendu «immortel ».

Indéniablement, je crois qu’il l’est.

Merci Pierre Cardin.

 

 Défilé Pierre Cardin
 Défilé Pierre Cardin